Une sainte se recoiffe : permanences et surimpressions des gestes émotifs

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Prise dans une phase de transition religieuse, l’histoire de l’une des premières saintes de l’Afrique romaine, Perpétue, martyrisée en 203 après J.-C. à Carthage, donne à voir l’effet de chevauchement des formes de sensibilité. Le récit de son martyre, la Passion de Perpétue et Félicité , est riche d’épisodes illustrant la confrontation des époques et des rapports d’historicité : les chrétiens les plus convaincus, notamment ceux qui apparaissent dans les sources martyrologiques, veulent s’inscrire dans un nouveau régime sensible, mais continuent de vivre dans une société où ils ont appris à se comporter en pères ou mères de famille, en citoyens libres ou esclaves, en civils ou soldats. Le récit de l’exécution de Perpétue contient ce type d’opposition entre deux modes d’existence devenus inconciliables, comme le montre en particulier ce moment où la sainte, renversée dans l’arène par une vache furieuse, voit sa tunique se déchirer et ses cheveux se détacher. La chrétienne ramène un pan de son vêtement sur sa cuisse dénudée, puis cherche une fibule pour se recoiffer. Se devine à travers ces gestes l’exigence chrétienne du martyre joyeux : la sainte ne veut pas être prise pour une pleureuse ou une suppliante. L’éclairage ethnologique peut aider à mieux saisir les enjeux sensibles de cet épisode minuscule. L’histoire de Perpétue gagne à être lue au prisme des techniques corporelles et de leur savoir partagé. La longue durée des gestes émotifs entre aussi en correspondance avec ce que Aby Warburg a pu désigner comme les résurgences ou survivances de très anciennes manières de faire, repérables dans l’art comme dans le monde social. L’enquête de Ernesto De Martino sur les prefiche de l’Italie méridionale permet d’élargir encore l’analyse : les gestes attendus précèdent l’émotion collective, ils la génèrent et la résument.

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Les juristes en épistoliers
  • May 5, 2023
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  • Xavier Prévost

L’étude de deux cent quatre-vingt-trois lettres adressées à Joseph-Juste Scaliger montre l’étendue du réseau juridique de l’humaniste et la contribution active de quarante-neuf juristes à la République des lettres. Cette contribution encyclopédique repose sur la philologie comme savoir central, en adéquation avec les centres d’intérêt de Scaliger. Quant au droit, sa place – sans être négligeable – demeure périphérique dans cette correspondance, tout en variant selon la régularité de la pratique juridique de chaque épistolier.

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  • 10.4000/rhetorique.1499
Le compliment en ses excès. Sur quelques passages de l’Épître chagrine au Maréchal d’Albret de Paul Scarron (1659)
  • Feb 28, 2023
  • Exercices de rhétorique
  • Anna Rolland

Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il trouve toujours des sujets de se divertir, et de divertir les autres. Et soit qu'il loue, ou soit qu'il blâme, il le fait toujours plaisamment, et avec autant de facilité que d'esprit. Madeleine de Scudéry 1 Mes enfants, leur dit-il, vous ne pleurerez jamais tant que je vous ai fait rire. Le compliment en ses excès. Sur quelques passages de l'Épître chagrine au Mar... Au-delà de leurs simples titres, les quatre épîtres scarroniennes, à la croisée de la satire et du burlesque, présentent de nombreuses caractéristiques communes et une forte « homogénéité 6 », bien que les épîtres à d'Elbène et à Madeleine de Scudéry relèvent spécifiquement des « Affaires poétiques », tandis que les épîtres à Rosteau et à d'Albret constituent des satires de portée plus générale, comme le suggère la classification des vers de l'auteur proposée récemment par Jean Leclerc et Claudine Nédelec 7 . Alors que les épîtres en vers, au milieu du XVII e siècle, sont l'un des « terrains d'élection du rire badin 8 », celles que nous évoquons ici présentent la considérable particularité d'être « chagrines » ; cette humeur permet d'interroger et de complexifier l'enjouement attendu d'une épître mondaine, sans toutefois l'annihiler. L'esprit chagrin qui inspire la composition des quatre textes est traditionnellement associé à la mélancolie, état de ceux qui, suivant la théorie hippocratique des humeurs, produisent en excès de la bile noire (melaina kholê) ou atrabile, fluide imaginaire froid et sec, supposément sécrété par la rate 9 . Malgré une prise de distance progressive, au XVII e siècle, avec le modèle humoral traditionnel, au profit d'appréhensions mécanistes du corps 10 , l'évocation du chagrin mélancolique par Scarron ne peut que renvoyer, ne serait-ce que symboliquement, à cet antique système de représentation des corps, en jouant sur la superposition des « axes de signification » de la mélancolie qui caractérise les textes européens des XVI e et XVII e siècles, dans lesquels elle désigne à la fois une « humeur », un « tempérament », une « passion de l'âme », et une « maladie 11 ». C'est dans son Épître chagrine à Rosteau (p. 481-490) que Scarron renvoie le plus explicitement à cette tradition médicale, en évoquant à plusieurs reprises la nature humorale du « chagrin […] mélancolique » (v. 246) qui préside à la création de sa satire. Au début de son poème, l'auteur déplore en effet en ces termes sa tourmente : « Mon humeur jadis enjouée, / De tous, et partout tant louée, / N'est plus qu'une mauvaise humeur […] » (v. 17-19). Celle-ci correspond à un état persistant, et non passager : « Aussi n'est-ce pas chose étrange, / Qu'ici-bas toute chose change, / Et que mon malheur seulement / N'est point sujet au changement ? » (v. 25-28). Le fluide noir responsable de cet état est explicitement évoqué par l'auteur aux vers 153 à 163 du texte : Tout cela [l'attitude des fâcheux] me rend misanthrope, Et ma Chagrine Calliope Ne saurait voir un campagnard, Qu'elle ne dise à tout hasard : « C'est un fat », et la téméraire, Qui peut-être aurait pu mieux faire Ne se trompe que rarement Dans son trop hardi jugement. Elle trouve aussi dans la ville Matière d'échauffer sa bile, Tant le nombre des sots est grand. Cette évocation d'une Muse atrabilaire permet à Scarron de remotiver l'association traditionnelle entre chagrin, bile noire, misanthropie, et expression de cette misanthropie -expression « téméraire » et expéditive, qui nécessite certes d'être par la suite enrichie pour « mieux faire » et accéder à la véritable littérarité de la satire, mais qui n'en découle pas moins d'une appréhension intuitive du monde et des êtres que le Le compliment en ses excès. Sur quelques passages de l'Épître chagrine au Mar... Exercices de rhétorique, 20 | 2023 9 Le compliment en ses excès. Sur quelques passages de l'Épître chagrine au Mar... Exercices de rhétorique, 20 | 2023 15 Quant à Madeleine de Scudéry, Scarron lui écrit pour la remercier de l'avoir dépeint dans Clélie sous les traits plaisants de Sçaurus 37 . Cette « obligeante peinture » (v. 3) permet en effet au « plus Mortel du monde » (v. 7) d'accéder à l'immortalité. Souhaitant à son tour célébrer les qualités de sa destinataire, l'auteur compose pour elle une épître en vers qui constitue un contre-don 38 , construit sur un jeu de prétérition qui s'ouvre ainsi : Je pourrais vous donner louanges pour louanges, Dire que vous avez plus d'esprit que les Anges, Et que tous ces Héros que votre plume a faits, Tout achevés qu'ils sont, ne sont que vos portraits : Mais vous féliciter sur votre grand mérite, Ce serait vous lasser d'une longue redite ; Cent fois on vous a dit ce que je vous dirais : Mais pourtant daignez voir comme je m'y prendrais. (v. 15-22

  • Research Article
  • 10.14428/regardseco2003.10.02
Numéro 16 - octobre 2003
  • Oct 12, 2018
  • Regards économiques
  • Vincent Bodart + 1 more

Contrairement à ce que certaines personnes pourraient croire, notamment certains Ministres du Gouvernement actuel, l’enjeu principal pour les finances publiques de la Belgique n’est pas d’avoir un équilibre budgétaire à court terme. Le véritable enjeu, c’est la situation des finances publiques à long terme. En effet, au cours des prochaines années, les finances de l’Etat seront mises sévèrement sous pression par le choc démographique lié au vieillissement de la population.
 L’ampleur de l’impact budgétaire du choc démographique est souvent mesurée par ce que les spécialistes appellent «le coût budgétaire du vieillissement». La mesure de ce coût est un problème éminemment technique, mais elle a des implications importantes sur les choix politiques. Ainsi, il y a un an, le Comité d’Etude sur le Vieillissement (CEV) estimait le coût budgétaire du vieillissement d’ici 2030 à 2,6 % du PIB dans le pire des scénarios et concluait que la baisse des charges d’intérêt sur la dette publique serait suffisante pour couvrir ce coût. Il y a quelques mois, son appréciation était nettement moins optimiste : le coût budgétaire était estimé à plus de 4 % du PIB, et une stratégie beaucoup plus active était recommandée.
 Ce revirement soudain dans les estimations et les recommandations du CEV montre combien une stratégie budgétaire, que certains croyaient jadis solide et adaptée, peut apparaître fragile le lendemain, notamment parce que le cadre macroéconomique a soudainement changé. Dans le dernier numéro de Regards Economiques (n°16), nous remettons en cause la stratégie budgétaire actuelle au travers de quatre questions déplaisantes.
 
 La constitution du Fonds de vieillissement garantit-elle les droits à la pension ? Alors que le Fonds de vieillissement constitue un élément important de la stratégie du gouvernement pour affronter le choc démographique des années à venir, il ne pourra véritablement remplir la mission pour laquelle il a été créé qu'en cas de réduction accélérée de la dette publique. Ce n'est en effet que dans ce cas que le Fonds de vieillissement pourra compter sur un financement structurel et durable. En outre, sa création n'étaient pas véritablement nécéssaire pour faire face à l'impact budgétaire du vieillissement, car il s'agit simplement d'une manière particulière de réduire la dette publique. Il aurait été plus transparent de se fixer un objectif en termes de dette publique. Au delà de son inutilité de principe, le Fonds de vieillissement peut exercer un effet néfaste sur les décideurs politiques et les citoyens en leur laissant croire que le problème du vieillissement est réglé.
 La réforme fiscale risque-t-elle de compromettre la situation des finances publiques à long-terme ? La réponse à cette question est moins tranchée et donne lieu à un débat entre ceux qui estiment que la réforme est préjudiciable à la réduction de la dette publique et ceux qui y voient une manière intéressante de relancer la croissance. Pour ces derniers, néanmoins, si la réforme fiscale s’effectue sans une amélioration structurelle des finances publiques, on peut craindre qu’il faille tôt ou tard faire marche arrière, sans quoi les moyens budgétaires disponibles pour couvrir le coût du vieillissement seront insuffisants.
 Peut-on espérer une réduction structurelle du chômage qui atténue le coût budgétaire du vieillissement ?Toutes les estimations officielles du coût du vieillissement se basent sur l’hypothèse que, d’ici 2030, le taux de chômage de l’économie belge aura spontanément diminué de moitié. L’argument évoqué repose sur une diminution de la population active couplée à un maintien du nombre d’emplois disponibles. Cette approche est particulièrement naïve et n’est conforme à aucun des modèles économiques sérieux connus actuellement. Dans le long terme, le taux de chômage dépend des caractéristiques structurelles de l’économie et non de la taille de la population active. Selon nous, rien ne permet donc de penser que le taux de chômage diminuera substantiellement au cours des prochaines années. Au contraire, il se pourrait même qu’il reste pour longtemps à son niveau actuel.
 La croissance économique pourrait-elle rester faible pour longtemps ? Une croissance économique élevée sur le long terme permettrait certainement à la Belgique de supporter plus facilement le coût budgétaire du vieillissement. Les projections officielles extrapolent un taux de croissance autour de 1,75 % - 2 % par an jusqu’en 2030. Rien n’exclut cependant une scénario «catastrophe» où la croissance resterait molle pour longtemps, disons autour de 1 % par an. Le vieillissement de la population pourrait en effet exercer des conséquences négatives sur le dynamisme de notre économie, et sur sa capacité à innover. En outre, d’un point de vue historique, il apparaît que les années de croissance soutenue à 2 % sont limitées à des sous-périodes précises, ce qui rend une extrapolation automatique vers 2030 hasardeuse.
 
 Selon nous, en poursuivant la stratégie actuelle, le risque est grand que les moyens budgétaires disponibles pour faire face aux différentes obligations de l’Etat soient insuffisants. Un stratégie plus crédible pour absorber le choc démographique imposera tôt ou tard aux décideurs politiques de choisir entre revoir l’âge de la retraite, baisser le niveau des pensions et augmenter les cotisations sociales – ou tout mélange de ces trois options. Il s’agit bien entendu d’un choix politique difficile. Il serait toutefois dangereux de se cacher derrière des évaluations budgétaires trop favorables ou des artifices comptables pour éviter d’effectuer les choix nécessaires.

  • Research Article
  • 10.35562/iris.3924
Nisargadatta Maharaj devant les sciences humaines : éloge de l’homme sans qualité. Une anthropologie trouée ?
  • Feb 12, 2024
  • IRIS
  • Claude Fintz

Dans un propos (indirectement et involontairement) iconoclaste, Claude Fintz se propose de mettre en perspective l’univers conceptuel des sciences humaines en le confrontant à la pensée d’un maître de l’advaïta indien contemporain, Nisargadatta Maharaj — tel que la reflète son disciple Ramesh S. Balsekar. Dans cet « entre » de la quête scientifique et spirituelle, seront mises en résonance les grandes notions de la philosophie du sujet. L’auteur fait l’hypothèse que cette paradoxale rencontre est susceptible de faire émerger le mystère d’une recherche en première personne où, dans le contexte d’une certaine philosophie de la conscience (mise en résonance avec la quête de Henri Michaux), le sujet regardant s’avère être le miroir de l’objet regardé. Cette apocalypse projette du vitriol sur les bulles conceptuelles que sont le prétendu sujet (et son libre arbitre), le savoir et l’imaginaire — autant de constituants des « sciences » humaines, bordées en fait par le néant, selon une anthropologie « trouée ».

  • Research Article
  • 10.20431/2349-0381.1009005
La Symbolique du Coeur Dans l'oeuvre Poetique de Prince Arnie Matoko
  • Jan 1, 2023
  • International Journal of Humanities Social Sciences and Education
  • Gashella Princia Wynith Kadima Nzuji + 2 more

Le pote ngre, je veux dire, ce pote dont le coeur est filiale pulsation au rythme du tam-tam d'Afrique, parle ce langage des fleurs, exprime ses sentiments et ides travers les images, aussi dans un langage lmentaire par-del spirituel.(p.18) Faut-il, ici, parler de l'intuition comme source d'inspiration potique, parce que connaissance non rationnelle relevant du simple sentimentou prorer sur la maeutique potique, c'est--dire l'art d'accoucher les pomes.Bien au contraire, il s'agit cans d'interroger l'espace textuel de Prince Arnie Matoko, peupl de "mtaphores obsdantes", et o les mots se heurtent, se pressent, se chevauchent, coulent harmonieusement et se groupent en images (Lablenie, cite par Mpala-Lutebele, 2008, p.129).En d'autres termes, ce travail s'attle interprter des symboles obscurs et flamboyants autour du substantif coeur, sige de toute sensation et motion, pour en faire dcouvrir le sens cach, mettant en relief, tout au moins, les motivations psychologiques inconscientes du pote.De ce fait, il parat sant et imprieux d'apporter compendieusement des prcisions conceptuelles relatives aux vocables "symbolique" et "coeur", tout en considrant les notions sous-jacentes.Le terme "symbolique", l'oeil non voil, renvoie illico aux symboles, puisque la symbolique, en croire Le Robert, est la thorie des symboles, c'est--dire un ensemble des relations et des interprtations lies un symbole qui peut tre un objet, une image, un mot crit ou un son qui reprsente Rsum: La prsente tude porte sur la symbolique du coeur dans l'oeuvre potique de Prince Arnie Matoko.Elle consiste analyser et interprter la vie intrieure du pote par le truchement des symboles lis au substantif "coeur", sige de toute sensation et motion, pour en dbusquer le sens cach, mettant en relief, tout au moins, les motivations psychologiques inconscientes de ce dernier.Allant des interrogations significatives aux hypothses mises, en passant par l'exploitation des axes bien structurs, et s'appuyant essentiellement sur l'hermneutique et la psychocritique, cette tude a dmontr que la posie de Prince Arnie Matoko, saupoudre de mythe personnel et de mtaphores obsdantes, est, en bonne partie, rattache l'expression de la passion et de la rvolte du "je personnel", mais aussi, et surtout, du "je collectif".Ceci dsigne, par-dessus tout, la plurivocit de la symbolique du coeur chez Prince Arnie Matoko dont l'inconscient potique, travers ses vers, dvoile la virginit de son me et celle des autres.

  • Research Article
  • 10.4000/itineraires.12970
Poésie amphibie : le double état du poème
  • Apr 3, 2023
  • Itinéraires
  • Christophe Imperiali

Si l’on admet qu’un texte poétique devient poème au moment précis où s’engage une relation esthétique entre ce texte et quelqu’un qui le reçoit, on peut alors poser une question d’apparence simple : où trouver ce « poème » ? Est-il fixé sur l’espace d’une page, où l’œil ira le rencontrer, ou alors advient-il préférentiellement dans la temporalité d’une diction ? La visée du présent article n’est pas de trancher en faveur de l’une ou l’autre de ces réponses, mais d’envisager les liens généralement implicites qui relient les modalités matérielles de diffusion des textes et l’idée même de poésie ou de littérature. Quelques exemples anciens de relations entre oralité et écriture sont ici mobilisés pour préparer le terrain à un questionnement sur des pratiques plus récentes : celles qu’ouvre, au début du xxe siècle, l’avènement de l’enregistrement sonore. Dès lors qu’un auteur fixe une variante sonore d’un poème qu’il a par ailleurs publié sur papier, comment envisager le rapport entre ces deux états du texte ? L’un des deux l’emporterait-il sur l’autre ? En vertu de quels critères ? De tels questionnements invitent à remettre en cause le paradigme fortement graphocentrique qui prédomine dans notre champ culturel, sans viser pour autant à déclasser l’écrit au profit d’une supposée oralité retrouvée. Les réponses esquissées tendent plutôt vers l’idée d’une dualité constitutive du poème, d’une « poésie amphibie ».

  • Single Book
  • 10.70551/phmo1478
Federal Theatre Project (1935-1939) : contexte & enjeux / context & issues
  • Dec 22, 2023
  • Émeline Jouve + 1 more

Le Federal Theatre Project (FTP) constitue une aventure singulière dans l’histoire du théâtre américain, inédite à l’époque et jamais réitérée sous cette forme. Dirigé pendant ses quatre années d’existence, de 1935 à 1939, par l’autrice, dramaturge et metteure en scène Hallie Flanagan, il s’inscrit dans l’ensemble des mesures mises en place par l’administration Roosevelt dans le cadre du programme du New Deal, au sein de la Work Progress Administration (WPA) dirigée par Harry Hopkins. Federal Theatre Project (1935-1939) : contexte et enjeux constitue la première étude française d’envergure sur cette période essentielle de l’histoire du théâtre américain. En mêlant approches transversales et études de cas, ce volume rassemblant les contributions de chercheuses, chercheurs et artistes se propose de mettre en lumière les angles morts et les figures oubliées de cette période de l’histoire théâtrale américaine, faisant le pari que ces oublis eux-mêmes racontent quelque chose de l’historiographie de cette période et, en retour, des regards contemporains que nous pouvons porter sur elle. L’ouvrage s’inscrit dans une perspective résolument transdisciplinaire, à l’image de ce que fut le FTP, en proposant des articles sur le théâtre à proprement parler mais aussi la musique et le cinéma.

  • Research Article
  • 10.3406/slovo.1984.943
Lorsque le roi est nu
  • Jan 1, 1984
  • Slovo
  • Gérard Abensour

Par l’audace de son écriture, Edouard Radzinskij témoigne d’une profonde évolution de la sensibilité russe contemporaine. Après une méditation sur la mort de Socrate, puis de Sénèque, le dramaturge aborde le destin d’un penseur politique russe peu connu du XIXe siècle dans sa pièce Lunin ili smerť Žaka v prisutsvii mastera/Lunin, ou la véridique histoire de la mort de Jacques racontée en la présence de son maître/. L’étude de cette œuvre est l’occasion d’une réflexion sur le théâtre comme formation et expression de l’opinion publique en Russie.

  • Book Chapter
  • 10.4000/13mcn
Représentation du premier roi Trastamare de Castille
  • Jan 1, 2022
  • Virginie Dumanoir

Le Romancero entre à la cour avec la dynastie des Trastamare et se fait l’écho de représentations en lien avec la branche castillane de cette maison. Le corpus des romances espagnols antérieurs à 1600 permet d’interroger la construction et la transmission des représentations associées à l’accès au trône de Castille d’une nouvelle dynastie. Se dessine une chronologie qui commence avec Pierre Ier, dernier roi de la Maison de Bourgogne, tout au long de son affrontement avec le comte Henri de Trastamare son demi-frère bâtard, entre 1351 et 1369, et qui va jusqu’à la fin de son règne en 1379, sous le nom d’Henri II, celui des Grâces. Pour chacun des textes qui composent ce que nous pourrions appeler le « Romancero du premier roi Trastamare », nous proposons un recensement et une observation des sources conservées, avant d’étudier les contextes d’écriture qui ont conduit à diverses représentations d’un pouvoir royal en crise.

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Entre descriptions (pré)coloniales et descriptions de soi
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  • Chikouna Cissé

Cet article s’intéresse à une diaspora commerçante érigée au rang de catégorie analytique par l’anthropologue Abner Cohen à la fin des années 1960. On doit cependant à l’historien Philip D. Curtin, par le biais de son désormais classique Cross-Cultural Trade in The World History publié en 1984, la bonne fortune que connaît l’étude des diasporas commerciales à l’ère moderne. Ici, le cas de la diaspora marchande des Jula s’inscrit néanmoins dans une perspective différente. Il s’agit moins en effet d’une histoire économique que d’une enquête sur la production des savoirs et de la connaissance relatifs à l’identité jula, en considérant le temps comme un principe de construction et de déploiement de cette identité. Comment se sédimente-t-elle à travers les âges et quelles sont les interactions qui la façonnent ? Pour rendre compte de cette histoire de production des savoirs, j’ai choisi comme horizon théorique la perspective interactionniste de Fredrik Barth qui permet de mieux penser l’enchevêtrement et l’interdépendance des identités dans les espaces et le temps des contextes migratoires. Les processus sociaux de la « fabrique des identités » s’en éclaircissent d’autant mieux que Barth privilégie le caractère éminemment relationnel des réalités sociales et que, dans cette optique, les notions de culture et d’identité perdent toute connotation essentialiste pour designer principalement des pratiques contingentes au sein et entre des groupements humains culturellement différents même si devenus, par la migration, coprésents sur un territoire. Cet angle de vue met en lumière les interactions qui se déroulent à la frontière symbolique de l’ethnicité et m’écarte de ce que le sociologue Rogers Brubaker appelle le « groupisme ». M’appuyant sur des sources narratives européennes, arabes et africaines et la littérature savante existante, je me propose de pister au cours de la période étudiée (1500-1900) les lignes de force de la fabrication de l’identité jula en Afrique de l’Ouest.

  • Research Article
  • 10.4000/revdh.17459
Le « dépassement » de la « neutralité axiologique » chez I. Kalinowski
  • Jan 1, 2023
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  • Guillaume Robertson

À la suite d’une nouvelle traduction de la conférence de Max Weber sur « La science », Isabelle Kalinowski appelle à « en finir avec la “neutralité axiologique” ». Par-là, elle n’entend pas remettre en cause le principe wébérien de « Wertfreiheit » mais plutôt la traduction et la reconstruction conceptuelle qui en ont été proposées par Julien Freund. Cela fait, elle développe sa propre reconstruction et propose une nouvelle traduction du concept wébérien. Elle soutient alors qu’il s’agit d’un principe « pédagogique » ou d’« enseignement » et décide de le traduire par « non-imposition des valeurs ». Nous verrons qu’autant sa critique de l’œuvre de Freund que sa propre reconstruction du concept wébérien ne sont pas sans poser de nombreux problèmes et qu’in fine elles doivent toutes deux être rejetées. Au fil de notre analyse critique du travail d’Isabelle Kalinowski, nous essaierons à notre tour de préciser le sens de l’exigence wébérienne et notamment en quoi peut-il s’agir, selon les mots de son auteur, d’un « principe logique ».

  • Research Article
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Évite de te connaître toi-même !
  • Jan 1, 2024
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  • Patrick Wotling

En quel sens Nietzsche entend-il exactement la formule bien connue « comment on devient ce qu’on est », qu’il emprunte à Pindare et reprend sous des formes variées tout au long de son œuvre ? Ce, d’autant plus que son identification à la mise en évidence d’une identité cachée, profonde et authentique est parfaitement intenable. Au contraire, nous sommes toujours plusieurs, souligne Nietzsche. On établira donc que devenir ce que l’on est désigne une réorganisation pulsionnelle menée (ou que l’on échoue à mener) selon la logique de l’intensification de puissance.

  • Research Article
  • 10.61953/rfm.2840
Éditorial
  • Jul 28, 2019
  • Revue française de musicothérapie
  • Nicole Duperret-Gonzalez

Soumission à Epi-revel Dear readers, dear colleagues music therapists,This is the fifth issue of the digital version of the French Journal of Music Therapy. It is indeed in 2017 that our Review, created in 1981, was published for the first time on the net.This fifth issue leads us to make a big difference between the past and the present, from the French Revolution to the present day.Thanks to the highly researched text of Professor Daniel Teysseire, we are doing a great deal in time, at the time of the birth of psychiatry, and we discover that Citizen Desessarts, in 1802, undertakes to demonstrate with conviction the therapeutic effects of music on minds or sick bodies. He does this empirically, relying on clinical cases that are not his own, including a medical thesis presented in 1758 at the Faculty of Medicine of Montpellier by Citizen Roger. This thesis will be translated later by another doctoral student of the University of Montpellier, Etienne Sainte Marie, who will make, in 1803, a "treatise of the effects of music on the human body".We again check that the certainties regarding the therapeutic effects of music are very old.Since the era mentioned, music therapy has become a profession, which is beginning to be well identified by psychic and even somatic care professionals: Emilie Tromeur attests by presenting the fruit of her very careful survey of professionals working in nursing home.How far has our discipline traveled! Between the postulate stated by the first responders using music as part of the treatment, and the current technicality, what discoveries! Christine Falquet demonstrates this through her experience described in her text entitled "Musing and narrate in a therapeutic group". She presents us a rigorous device that she set up in a day hospital of psychiatry.However, to practice the profession of music therapist is still difficult for some: lack of financial recognition, lack of consideration, this is what Charlotte Guy makes us understand by telling us a part of his own experience.Blandine Louchard gives some advice to young music therapists to facilitate their integration into the institutions that will hire them.And Jeanne Boesinger, who has been teaching at National Education for a long time, makes some reflections on the major interest in establishing our discipline in this beautiful institution.Members of the French Association of Music Therapy are dilighted to offer once more to all the readers of our magazine these news texts of high quality.Docteur Nicole DUPERRET-GONZALEZ, President of the French Association of Music Therapy Chers lecteurs, chers collègues musicothérapeutes, Voici le cinquième numéro de la version numérique de la Revue Française de Musicothérapie. C’est en effet en 2017 que notre Revue, crée en 1981, est paru pour la première fois sur le net. Ce cinquième numéro nous conduit à effectuer un grand écart entre le passé et le présent, de la Révolution Française jusqu’à nos jours. Grâce au texte extrêmement documenté du Professeur Daniel Teysseire, nous faisons un grand bon dans le temps, au moment de la naissance de la psychiatrie, et nous découvrons que le Citoyen Desessarts, en 1802, entreprend de démontrer avec conviction les effets thérapeutiques de la musique sur les esprits ou les corps malades. Il le fait de manière empirique, en s’appuyant sur des cas cliniques qui ne sont pas les siens, et notamment sur une thèse de médecine présentée en 1758 à la faculté de médecine de Montpellier par le « Citoyen » Roger. Cette thèse sera traduite plus tard par un autre thésard de l’Université de Montpellier, Etienne Sainte Marie qui en fera, en 1803, un « traité des effets de la musique sur le corps humain ». Nous vérifions à nouveau que les certitudes concernant les effets thérapeutiques de la musique sont très anciennes. Depuis l’époque citée, la musicothérapie est devenue un métier, qui commence à être bien identifié par les professionnels du soin psychique voire somatique : Emilie Tromeur en atteste en nous présentant le fruit de son enquête très soignée auprès de professionnels intervenant en EHPAD. Que de chemin parcouru par notre discipline ! Entre le postulat énoncé par les premiers intervenants ayant recours à la musique dans le cadre du soin, et la technicité actuelle, que de découvertes ! Christine Falquet en fait la démonstration au travers de son expérience relatée dans son texte intitulé « musiquer et narrer dans une groupe thérapeutique ». Elle nous présente un dispositif rigoureux qu’elle a mis en place dans un hôpital de jour de psychiatrie. Cependant, exercer le métier de musicothérapeute est encore difficile pour certains : manque de reconnaissance financière, manque de considération, c’est ce que Charlotte Guy nous fait comprendre en nous racontant une partie de sa propre expérience. Blandine Louchard donne quelques conseils aux jeunes musicothérapeutes afin de faciliter leur intégration dans les établissements qui les embaucheront. Et Jeanne Boesinger, qui exerce au sein de l’Education Nationale depuis déjà longtemps, émet quelques réflexions au sujet de l’intérêt majeur de l’instauration de notre discipline dans cette belle Institution. Les membres de l’Association Française de Musicothérapie sont ravis d’offrir une fois de plus à tous les lecteurs de notre Revue ces nouveaux textes d’une grande qualité. Docteur Nicole DUPERRET-GONZALEZ, Présidente de l’Association Française de Musicothérapie Éditorial

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  • 10.4000/13ism
Emmanuel Mounier d’hier à aujourd’hui
  • Jan 1, 2021
  • Jacques Le Goff

Lorsqu’il meurt le 22 mars 1950, Emmanuel Mounier n’a que 45 ans. C’est un coup de tonnerre bien traduit par Jean Daniel, futur patron du Nouvel Obs : « Je n’ai jamais eu l’occasion de dire ce que pouvait représenter Mounier pour moi et pour tout un groupe d’Alger. Je suis désarmé par l’accablante nouvelle de sa mort subite. » Même écho, chez tant d’autres comme René Cassin, le cardinal Gerlier, Louis Althusser, Bazaine, Chagall…Il laisse une œuvre déjà considérable et la forte empreinte de son personnalisme communautaire sur la pensée et l’action de son époque.En des temps de flottement intellectuel et spirituel, ce « personnalisme » demeure aujourd’hui encore une ressource de première grandeur à la fois pour alimenter les existences individuelle et collective, et pour fonder philosophiquement une alternative à notre crise de civilisation sans doute plus radicale encore que celle des années 1930.Après avoir retracé à grands pas le parcours du fondateur de la revue Esprit de la fin des années 1920 à 1950, ce livre d’entretiens s’attache à mettre en valeur l’étonnante actualité de sa pensée de l’événement. Que ce soit sur le versant économique ou sociétal, culturel, politique ou éthique, sa réflexion livre un puissant socle d’intuitions, de convictions et de valeurs pour une alternative d’ampleur civilisationnelle.

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