Repenser la relation au monument
Cet article propose d’examiner l’hypothèse selon laquelle le monument est un objet privilégié pour éclairer la mutation dans la conception du patrimoine intervenue dans les années 1960. Après un bref rappel de la relation traditionnelle au monument, caractéristique de la conception du patrimoine national (patrimonialisation administrativo-légale), une discussion sur la manière dont le « patrimoine » est défini entre concept et catégorie invite dans un troisième temps à se tourner vers l’invention de la notion de « monuments historiques ».À partir du constat selon lequel la relation au monument met prioritairement en jeu les opérations de trouvaille, de production de savoir et de publicisation (la déclaration juridico-politique étant seconde), il est possible de réinterroger la manière dont la relation au monument s’est développée à partir des années 1960. Et ce, en examinant trois exemples : le renouvellement de la présentation du monument aux visiteurs à la fin des années 1980 ; la création d’entités monumentales complexes (le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais comme méta-monument) ; la publicisation de la restauration repatrimonialisante de monuments sinistrés par l’incendie (par exemple, Notre-Dame de Paris).