Numéro 23 - septembre 2004
Pour le commun des mortels, le mot "capital" désigne tantôt un compte en banque, tantôt un paquet d'actions Total Fina. Ce sont là diverses formes de capital car de tels actifs génèrent de façon répétée des revenus et d'autres produits utiles. Mais ces formes matérielles de capital ne sont pas les seules. Ainsi que le soulignait Adam Smith dès le 18ème siècle, l'éducation constitue un capital à part entière. Aux yeux de l'économiste, l'école - de la maternelle à l'université - constitue donc depuis longtemps une source d'accumulation d'un capital immatériel appelé capital humain. Plus récemment, le terme a fait son entrée dans le discours des politiques. Révolution technologique et globalisation obligent, les uns et les autres s'accordent aujourd'hui pour dire que le capital humain conditionne de plus en plus la bonne ou mauvaise fortune des individus. Par agrégation, c'est toute la question du potentiel de croissance et celle du degré d'équité de nos sociétés qui seraient en jeu. Un tel contexte justifie de tenter de faire le point sur le capital humain en Belgique, sur l'évolution de son niveau et de sa qualité, mais aussi sur le degré d'équité d'accès à cette ressource.
 Et l'étude minitieuse des statistitiques disponibles débouche sur un premier constat, largement positif. Le niveau de capital humain monte ! Si l’on se réfère au nombre moyen d'années d'études, force est de constater les progrès accomplis tout au long du 20ème siècle, dans chacune des régions du pays. Ce nombre a pratiquement doublé entre les années 1920 et 2000, passant, selon les régions, de 6,5 ou 7 années à 11,5 ou 13 années.
 On doit, dans le même temps, souligner les asymétries régionales. De 1920 à 1960, Bruxelles a été la région la plus riche en capital humain. Elle est aujourd'hui la région du pays la plus pauvre, derrière la Wallonie et surtout la Flandre. Alors que Wallonie et Flandre faisaient jeu égal jusqu'au milieu des années 1960, une différence progressive se marque depuis 1970. Le handicap actuel de la Wallonie par rapport à la Flandre correspond à 1,2 année d'études. Le chiffre pour Bruxelles est supérieur à 1,5 année. Nous disposons de quelques indications concernant l'évolution de la qualité du capital humain, mais exclusivement pour le secondaire. La tendance est à l'amélioration des scores relatifs en math en Communauté flamande. Elle est inverse en Communauté française.
 Enfin, concernant l'importante question de l'équité, la tendance nette à l'égalisation des chances d'accès au diplôme secondaire intervenue en 1960 et 2000 - surtout en Flandre - s'est accompagnée du maintien d'une forte inégalité d'accès au diplôme supérieur. Par rapport à un individu dont la mère n’a pas été au-delà du primaire, celui dont la mère est diplômée du supérieur a, aujourd’hui, jusqu'à 2,5 fois plus chances de décrocher le précieux sésame.
 Chacun des indicateurs examiné ici traduit une tendance assez nette au décrochage des deux régions francophones par rapport à la Flandre. Les causes ne sont probablement pas à rechercher du côté du financement. Ainsi le décrochage de la Wallonie s’est accentué en bonne partie durant les années 1970 et le début des années 1980; période durant laquelle la dépense éducative (en % du PNB) était au sommet.
 Les explications paraissent plutôt relever de paramètres institutionnels ou organisationnels ainsi que de choix pédagogiques divergents. La communautarisation de l'enseignement se marque dès 1961, avec l’apparition de deux ministres. Les autres dates clefs sont 1980 (communautarisation partielle) et 1989 (communautarisation complète). Beaucoup d'éléments convergent par ailleurs pour suggérer que les politiques de l’enseignement ont été menées de manière plus cohérente en Flandre. Côté francophone, la plus grande division et confusion parmi les décideurs a contribué à l'avènement d’une gouvernance hybride, où se superposent des éléments antagonistes. Par exemple, celui de la concurrence des écoles et celui de la planification centralisée avec son cortège de statuts, directives et autres décisions à motiver sur le plan administratif. On sait également que les réformes comme le rénové et les pédagogies nouvelles qui les ont inspirées ont beaucoup moins marqué le fonctionnement scolaire en Flandre. Or le bilan de ces pédagogies se révèle plutôt négatif, notamment du fait de leur tendance à accentuer les écarts entre élèves.
 Epinglons enfin la forte correspondance entre le décrochage francophone en termes de capital humain et celui des performances macroéconomiques, notamment en matière d’emploi. Les travaux de nos collègues de l'UCL montrent que le découplage du niveau de l'emploi par rapport à la Flandre est intervenu dès 1975, soit approximativement au moment où l'écart Wallonie-Flandre s'est creusé sur le plan du capital humain. Il s'agit, en soi, d'une simple corrélation. Faut-il y voir une relation de cause à effet ? Et puis dans quel sens opérerait-elle ? Du capital humain vers l'emploi, au sens où de moins bonnes performances éducatives compromettraient la capacité de l'économie à créer des emplois. A moins qu'il s'agisse de l'inverse. Ou encore que ces deux phénomènes s'influencent et se déterminent simultanément.
- Research Article
- 10.14428/regardseco2005.06.02
- Oct 12, 2018
- Regards économiques
Ce numéro de Regards économiques se penche sur la situation économique et sociale en Wallonie. Il en dresse un large portrait, en souligne les points positifs et négatifs, et ébauche quelques pistes de réflexion sur les mesures propices à donner à l’économie wallonne un nouvel élan. 
 Dans ce numéro, nous avons pris l’initiative de nous exprimer sur un sujet qui nous préoccupe : "le malaise économique wallon". Nous avons pour ce faire regroupé l’avis de spécialistes de la question dont la renommée est établie. Ces experts sont issus de différentes universités francophones. Nous leur avons demandé d’offrir aux citoyens un portrait nuancé mais sans concession de la situation wallonne. En "officialisant" la situation économique et sociale de la Wallonie, nous espérons obliger les acteurs sociaux et les partis politiques à "reconnaître" les points faibles de l’économie wallonne. Nous refusons cette stratégie qui consiste à dissimuler la situation réelle pour ne pas saper le moral des troupes. "Cachez ce sein que je ne saurais voir" disait déjà Tartuffe, avant d’ajouter quelques scènes plus loin : "le scandale du monde est ce qui fait l’offense et ce n’est pas pécher que pécher en silence". Ce "nominalisme" ‑ on veut bien de la chose mais à condition qu’on ne la nomme pas ‑ et ce double langage constituent l’une des manifestations les plus préoccupantes de la difficulté de nos politiciens à assumer la vérité et à sortir de la représentation complaisante qu’ils ont d’eux-mêmes. Fin mai 2005, le gouvernement wallon a enfin explicitement reconnu ce qu’il a appelé "le malaise économique wallon". L’étape suivante est de dresser un constat précis de la nature du malaise, de manière à pouvoir concevoir une stratégie de politique économique adaptée au problème. C’est dans cette perspective que se situe ce numéro de Regards économiques.
 Notre objectif est donc d’apprécier la situation économique et sociale en Wallonie sur base d’éléments objectifs, et de la comparer à la situation en Flandre et en Europe. Nous comprenons le risque qu’une comparaison avec la Flandre peut présenter. Cependant, sans vouloir alimenter les tensions communautaires, nous avons la conviction que cette comparaison entre les deux régions est vraiment utile étant donné que celles-ci partagent un environnement économique et un contexte institutionnel et culturel fort semblables. Cela s’inscrit aussi dans l’esprit de la "Méthode Ouverte de Coordination" de l’Union européenne, visant à créer une émulation entre régions au travers d’une concurrence par comparaison. Cette comparaison est surtout utile pour comprendre les sources éventuelles des dysfonctionnements et les pistes d’amélioration possibles.
 Ce numéro de Regards économiques comporte quatre contributions, sur les thèmes suivants :
 
 Bruxelles et: une lecture en termes de géographie économique (Jacques-François Thisse)
 PIB et PRB de la: des diagnostics contrastés (Michel Mignolet et Marie Eve Mulquin)
 Le portrait social de la Wallonie : responsabilités et gouvernance (Pierre Pestieau)
 Le marché du travail en: un tableau en clair-obscur (Béatrice Van Haeperen).
 
 Dans la suite de ce communiqué, nous résumons brièvement les éléments principaux de chaque contribution, en regroupant les points positifs et les points négatifs que chacune d’elles donne de la situation économique et sociale en Wallonie.
 1. Les points positifs
 
 Les dynamiques de croissance entre régions se rapprochent progressivement. L’écart inter-régional de croissance annuelle moyenne diminue entre la Flandre et la : celui-ci ne s’élevait plus qu’à 0,80 % de 1975 à 1995, pour se replier encore plus à 0,54 % de 1995 à 2003. Le différentiel se réduit davantage si on ne considère que les dernières années, où il se chiffre à 0,37 % de 1999 à 2003.
 Si l’on mesure la croissance régionale sur base du lieu de résidence et non du lieu de production (pour prendre en compte l’activité croissante des wallons à Bruxelles), depuis 1999, la part de la Wallonie dans la production totale belge s’est légèrement redressée.
 Une analyse par branche de la structure de production ne permet pas de conclure à un manque de dynamisme généralisé de l’industrie en Wallonie. Le retard de croissance en Wallonie est imputable à une sous-représentation des secteurs les plus dynamiques et une moindre performance des secteurs les plus importants.
 Le Brabant wallon est la province belge qui a connu la croissance la plus forte de 1995 à 2002, avec une évolution de la production sur la période de 8 % au-dessus de la moyenne de l’UE 15 et de presque 10 % au-dessus de la moyenne belge. Le Brabant wallon est aussi la seule province wallonne dont le revenu par habitant est supérieur à la moyenne de l’UE 15.
 L’emploi salarié en Wallonie a augmenté de 9 % entre 1992 et 2002. Les croissances les plus fortes sont dans le Brabant wallon (28 %), les provinces de Luxembourg (16 %) et de Namur (13 %), à comparer à une croissance moyenne de l’emploi salarié en Flandre de 13 %.
 Depuis 1997, le rythme de progression de l’emploi privé est comparable dans les deux régions. A partir de 2000, le nombre d’emplois des secteurs à haute et moyenne technologies et des services à haute technologie et à haut niveau de savoir progresse en Wallonie mais régresse en Flandre.
 La proportion de personnes très qualifiées dans la population wallonne augmente et la proportion de peu qualifiés diminue. Le profil de qualification par catégorie d’âge en Wallonie en 2003 est très proche de la moyenne belge.
 Les dépenses intra-muros des entreprises en R&D progressent plus rapidement en Wallonie. Entre 2001 et 2002, le taux de croissance était de 11,% en Wallonie contre 3,6 % en Flandre.
 
 2. Les points négatifs
 
 Un rapprochement des taux de croissance est insuffisant pour assurer un rattrapage des économies régionales. Etant donné son retard de développement, la Wallonie devrait enregistrer des taux de croissance supérieurs à la Flandre, ce qui est loin d’être le cas. La part de la Wallonie dans la production totale belge continue donc à diminuer, passant de plus de 30 % en 1995 à moins de 25 % en 2003.
 La productivité marginale du capital est plus faible en Wallonie qu’en Flandre, ce qui donne lieu à un taux d’investissement moindre en Wallonie. Sur la période 1995-2001, le rendement brut du capital est de 14,% en Wallonie contre 17,5 % en Flandre. Cela pose problème pour l’attractivité relative de la Wallonie pour l’investissement.
 Le revenu moyen par habitant en Wallonie est 25 % inférieur à celui de la Flandre en 2002 (équivalent à la moyenne de l’UE 15).
 Les disparités entre provinces wallonnes s’accentuent. Sur la période 1995-2002, le Brabant wallon enregistre une augmentation de 8 % de sa production par rapport à la moyenne de l’UE15 alors que les provinces de Liège, du Hainaut et du Luxembourg enregistrent chacune une baisse supérieure à 6 %.
 En 2003, le taux d’emploi en Wallonie de 55,4 % reste significativement inférieur à celui de la Flandre (62,9 %) et celui de l’UE15 (64,2 %). La Wallonie est donc encore loin de l’objectif de taux d’emploi de 70 %. La structure de l’emploi est aussi fort différente entre régions avec en 2002, 2/3 des emplois dans le secteur privé en Wallonie pour 3/4 des emplois dans le secteur privé en Flandre.
 Le taux de chômage est resté stable autour de% en Wallonie entre 1995 et 2002 du fait d’une augmentation de la population active égale à l’augmentation de l’emploi. En 2002, le taux de chômage en Flandre est passé en dessous de 5 %.
 Le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) en Wallonie est le plus élevé d’Europe avec un taux de 26,5 % en 2002 contre 11,6 % en Flandre. Plus alarmant encore, plus de 40 % des chômeurs en Wallonie sont des chômeurs de longue durée (>2 ans) contre moins de 20 % en Flandre.
 Le pourcentage de la population de 18-24 ans sans diplôme de l’enseignement secondaire et qui ne suit ni enseignement, ni formation est de% en Wallonie contre 11,7 % en Flandre. En outre, selon la dernière enquête PISA, l’enseignement secondaire en Communauté française figure en 31e position sur 41 pays contre une 3e position pour la Flandre pour un budget équivalent sinon moindre. 
 
 3. Que faire ?
 Face à ce constat que pouvons-nous faire ? Quelques pistes de réflexion sont présentées dans ce numéro de Regards économiques. Parmi celles-ci, nous relevons la nécessité de cesser la politique de saupoudrage et de concentrer les efforts autour d’une grande métropole urbaine comme Bruxelles en reconnaissant que les échanges se développent de plus en plus entre régions urbaines. La Wallonie se doit de travailler en partenariat stratégique avec Bruxelles dans une perspective économique moderne. La zone d’influence de Bruxelles doit dépasser le Brabant wallon. Il faut aussi chercher à améliorer l’efficacité dans l’utilisation des fonds publics en évitant les doublons et en recourant systématiquement à des études d’efficacité rigoureuses et impartiales. Par exemple, on pourrait explorer ce que coûte l’existence des provinces, des multiples réseaux d’enseignement et des cabinets ministériels. On peut aussi s’interroger sur le grand nombre d’intercommunales et le manque de transparence de leur gestion. Il faut aussi s’attaquer de toute urgence au scandale du chômage des jeunes par une politique de remédiation volontariste. On doit investir massivement dans le système éducatif pour élever le niveau de qualification des jeunes et faciliter la transition enseignement et emploi. Il faut élargir la mission du FOREM au-delà de la diffusion des offres d’emploi pour lui confier la fonction critique de placement et d’accompagnement des demandeurs d’emploi. Il faut aussi mettre en place des outils d’évaluation des politiques de l’emploi. C’est inadmissible que depuis l’année 2004, la Wallonie est incapable de publier des statistiques sur les offres d’emploi satisfaites et insatisfaites (alors que Bruxelles et la Flandre continuent à publier ces chiffres).
 Nous poursuivrons notre analyse de la situation wallonne dans un prochain numéro de Regards économiques. Nous attendons aussi des hommes politiques qu’ils reconnaissent cette situation et le traduisent dans leurs actes en poursuivant une politique économique adaptée, cohérente et stable. Il n’y a pas de fatalité. Nous en voulons pour preuve l’expérience danoise qui en 10 ans a réduit son chômage de moitié par un système novateur de "flexicurité" (en partenariat avec les syndicats). Son marché du travail s’est fluidifié avec plus d’un danois sur trois changeant de travail au cours d’une année et un effort substantiel du gouvernement sur la formation, l’orientation et l’accompagnement des chômeurs. Un sondage récent montre que les travailleurs danois ne sont pas plus mécontents avec ce système que les travailleurs belges. L’Angleterre, avec un taux de syndicalisme plus élevé que chez nous, a aussi réussi par son "New Deal" à réduire de moitié le chômage des jeunes. Ces deux pays connaissent aujourd’hui un taux de chômage de 5 %, bien inférieur à la moyenne européenne. Comprendre pourquoi pourrait être fortement utile à la Wallonie.
- Research Article
- 10.14428/regardseco2009.04.02
- Oct 12, 2018
- Regards économiques
Concernant plus de 100.000 travailleurs, près de 800.000 familles et plus de 2.000 entreprises, le dispositif titre-service est au cœur de l’agenda politique compte tenu de l’importance du budget public mobilisé qui s’élève à plus d’un milliard d’euros pour 2009. Ce dispositif témoigne d’une évolution profonde des modes de régulation publique dans le champ des services aux personnes désormais ouvert à une mise en concurrence de prestataires très diversifiés. Ainsi des organisations aussi diverses que des ASBL, des entreprises d’insertion, des agences d’intérim, des PME ou des CPAS opèrent aujourd’hui au sein de ce dispositif. Ce numéro présente les résultats d’une recherche financée par Service public fédéral de la politique scientifique et réalisée par l’équipe économie sociale du CERISIS/CIRTES (UCL) et du centre d’économie sociale (ULg). Cette recherche porte sur la qualité de l’emploi et de l’organisation du service dans ce champ d’activité et ce de manière comparative entre les différents types d’opérateurs.
 Une des spécificités centrales du système titre-service est d’imposer une triangulation de la relation de service, en plaçant cette dernière sous l’égide d’une entreprise agréée. L’étude montre que la qualité d’emploi et de l’organisation du service est surtout garantie par une «triangulation» de la relation de service, c’est-à-dire un réel investissement de l’entreprise dans l’accompagnement du travailleur et de l’usager. Si certains prestataires, tels que les organisations d’aide au domicile (ASBL ou organisations publiques agréées par les régions) et les organisations d’économie sociale ou publiques, poursuivant une mission d’insertion, encadrent davantage leurs travailleurs et leurs utilisateurs, d’autres développent dans les faits, un mode de prestation «mandataire», dans lequel l’entreprise est avant tout chargée des formalités administratives mais où elle n’assure que peu d’encadrement de la relation de service tissée entre l’utilisateur et le travailleur. L’enjeu ici est de savoir dans quelles circonstances et dans quelle mesure une telle évolution est acceptable (voire souhaitable ?) pour les différentes parties prenantes, y compris bien sûr pour les travailleurs. Au sein des entreprises à but lucratif, il convient de différencier assez nettement les sociétés de travail intérimaire des autres sociétés commerciales, généralement des PME. Les sociétés d’intérim semblent privilégier leur capacité d’adaptation aux desiderata de leurs utilisateurs et la minimisation des coûts, au détriment de la qualité des emplois qu’elles rendent aussi flexibles que possible. Cette volonté de maximiser productivité et rentabilité semble être moins prégnante dans le chef des autres opérateurs privés à but lucratif hors intérim.
 Du point de vue financier, il faut souligner que si les prestataires bénéficient tous de la subvention titre-service, une diversité apparaît quant aux sources complémentaires de financement public (aides à l’emploi, subsides régionaux). Une analyse de la viabilité financière des différents types d’opérateurs titre-service s’avère particulièrement complexe compte tenu de cette diversité, des commissions paritaires compétentes et des performances différenciées en matière de qualité d’emploi et d’organisation de service. Il ressort des simulations qu’un travailleur équivalent temps plein (ETP) d’ancienneté nulle et sans aide à l’emploi dégage une marge positive (parfois faiblement) chez la plupart des prestataires. Avec aide à l’emploi (toujours sans ancienneté), un ETP est (très) rentable chez l’ensemble des prestataires, en particulier chez ceux qui cumulent diverses sources de financement. Par contre, après quatre ans d’ancienneté, la marge dégagée par un ETP est négative chez la quasi-totalité des prestataires compte tenu des effets liés à l’accroissement de l’ancienneté des travailleurs et à la dégressivité tant des aides à l’emploi que de certaines subventions régionales. Par conséquent, seuls les prestataires dont le taux d’activité (le rapport entre les heures de ménage prestées au domicile des utilisateurs – et donc subsidiées – et le total des heures payées au travailleur) est (très) élevé parviennent à maintenir une marge positive. Il va de soi que la rentabilité «globale» d’une organisation dépendra du nombre de travailleurs avec et sans aide à l’emploi ainsi que de l’ancienneté de l’ensemble du personnel.
 Différents enjeux doivent être pointés d’un point de vue de politique économique
 
 Même si la régulation du quasi-marché lié au titre-service a considérablement évolué, il est primordial que les pouvoirs publics s’assurent de la conformité des prestataires aux exigences de l’agrément qui leur est octroyé et qu’ils consolident la régulation du système par exemple par l’imposition de formation et d’un contrat à durée indéterminée après 6 mois. En effet, l’importance très considérable du financement public dans ce quasi-marché justifie qu’il soit nettement subordonné à la réalisation des objectifs définis par le dispositif, en particulier la création d’emplois de qualité et durables.
 Des risques de confusion entre des métiers pourtant distincts : l’étude montre que certaines organisations titre-service permettent la prestation de services qui relèvent des missions propres aux aides familiales. Les pouvoirs publics doivent donc être vigilants quant aux risques de confusion des métiers, d’autant plus que l’information est loin d’être claire pour les usagers.
 La plupart des aides à l’emploi sont dégressives sur deux à quatre ans alors que les coûts salariaux des entreprises augmentent du simple fait de l’ancienneté croissante du personnel et des sauts d’index. On peut ainsi douter de l’efficacité économique d’aides qui rendent confortable le lancement d’une entreprise titre-service tout en créant des incitants à la rotation des travailleurs;
 L’augmentation du prix et l’accessibilité du service : il serait utile de procéder à une étude de marché pour voir dans quelle mesure une marge de manœuvre existe encore. Si les augmentations antérieures de prix ne semblent pas avoir affecté le volume total des titres-services échangés, certains utilisateurs plus fragilisés ont sans doute été évincés. Pour maintenir leur accès au service, il faut peut-être réfléchir à des mécanismes complémentaires. En effet, il n’est pas nécessairement efficace d’associer deux objectifs (créer de l’emploi et rendre accessible le service à tous) à un même instrument. D’autres instruments complémentaires pourraient être envisagés telles qu’une intervention des employeurs à l’instar de ce qui se pratique en France pour le «chèque emploi service universel» (Cesu). Comme pour les chèques-repas, il s’agirait alors d’un élément de politique salariale. Des CPAS, par exemple, pourraient acheter des titres-services pour des usagers plus vulnérables.
- Single Report
- 10.70010/aogc9943
- Aug 29, 2024
Problématique de santé et de sécurité du travail et objectifs. Le secteur de l’éducation au Québec n’est pas épargné par les coûts importants qui découlent des absences pour invalidité physique et psychologique (Purenne et Busque, 2022), des départs hâtifs, comme la retraite avec des pénalités financières du personnel en fin de carrière et par le décrochage des enseignants au cours des cinq premières années de carrière. Les Centres de services scolaires (CSS) du Québec prennent en charge l’assurance des absences du travail pour invalidité (ATI) de leur personnel (en autoassurance) et colligent des données d’absence certifiées par des professionnels de la santé, ainsi que des données concernant les départs à la retraite et la démission. Le traitement de ce type de données peut informer les acteurs concernés par la santé et la sécurité du travail (SST) sur la fréquence et la durée des absences, acceptées ou non par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), ainsi que sur la relation entre les lésions professionnelles et le lien d’emploi continu (maintien en emploi) ou terminé (retraite et démission). L’objectif général de cette étude, qui est la suite du rapport de Negrini, Corbière, et al. (2018), est d’analyser et de comparer des données administratives longitudinales sur l’absence du travail et le lien d’emploi (maintien et départs) de l’ensemble du personnel d’un CSS québécois, en tenant compte de la nature de l’invalidité physique ou psychologique. Plus précisément, il est envisagé de mieux comprendre comment les jours d’absence du travail pour invalidité (ATI) peuvent avoir un lien avec le type de retraite et la démission. Méthode. Dans cette étude longitudinale, quatre banques de données administratives anonymes ont été créées sur une période de 5 et 10 ans. Ce rapport se focalise sur les analyses conduites sur des données d’ATI observées sur 5 ans. Les jours d’ATI ont été extraits pour tous les employés de tout âge ayant un statut régulier (enseignant, personnel de soutien, professionnel et cadre). Des analyses de trajectoires ont été faites sur un échantillon de 1 448 employés pour vérifier si des patrons de congés singuliers émergeaient de ces données. Des analyses de séquences ont aussi été réalisées sur un sous-échantillon de 550 employés pour tester s’il y avait des transitions d’un type d’ATI physique ou/et psychologique vers un autre. Un échantillon (N = 477) a été utilisé pour étudier selon le type de retraite (hâtive ou régulière), les jours d’ATI physique ou/et psychologique au cours des 5 années précédant la retraite du CSS. Enfin, 782 membres du personnel enseignant, de soutien et professionnel réguliers à temps plein ont fait partie de l’échantillon considéré pour les analyses relatives à leur démission ou maintien en emploi au CSS. Résultats. Les résultats de ce rapport portent spécifiquement sur les sous-échantillons observés sur 5 ans. Quatre ensembles de trajectoires d’ATI physique ou/et psychologique sur 5 ans ont été identifiés. Parmi les variables étudiées, seules les femmes sont légèrement plus à risque de tomber en congé de maladie, et ce particulièrement pour l’ATI psychologique seulement. Les analyses de séquences n’ont pas montré de patrons particuliers d’ATI, les congés de maladie étant généralement uniques. Les employés ayant pris une retraite hâtive sont surtout des enseignants qui travaillent dans le secteur préscolaire/primaire. L’âge moyen de ces employés est inférieur d’environ 3 ans à celui des employés ayant pris une retraite régulière. Les employés ayant démissionné ont moins d’années de service au CSS, mais également plus de cas sans absence. Leur moyenne de jours d’ATI psychologique est plus faible lors de l’évaluation à 4 ans, 2 ans et 1 an avant la dernière année travaillée au CSS, par rapport à celle des employés qui sont encore en emploi. Les liens entre l’ATI avec la retraite et la démission ne sont pas confirmés. Retombées prévisibles. Le CSS participant (direction et représentants des travailleurs) pourra se doter d’un portrait exhaustif quant à l’ATI et aux départs des membres de son personnel. À notre connaissance, tous les CSS disposent d’une banque de données administratives semblable à celle utilisée dans ce devis. À partir des résultats de l’étude, les CSS pourraient mettre en place des interventions ciblées pour la prévention de l’invalidité au travail et la promotion du maintien en emploi en santé de son personnel selon la phase de carrière dans laquelle il se trouve, notamment pour les travailleuses. La méthode d’analyse longitudinale des absences par trajectoires utilisée pour la première fois dans le domaine de la SST au Québec est ainsi disponible pour le secteur de l’éducation.
- Book Chapter
- 10.4000/13ib4
- Jan 1, 2024
L’étude des garnitures de ceintures du haut Moyen Âge en contexte funéraire dans le sud du Rhin supérieur a permis d’aborder la question de la position de ces objets dans les sépultures. En s’intéressant à la position des objets les uns par rapport aux autres, il a été possible de restituer les modalités de dépôts de ceinture lors de l’inhumation. Il apparaît ainsi que l’interprétation comme ceinture portée de garnitures en position fonctionnelle doit être étayée par la localisation précise des objets et notamment par rapport au squelette. Par ailleurs, un phénomène particulier qui consiste au dépôt des ceintures sur les membres inférieurs pendant le viie s. a également été observé, ce qui amène à discuter des pratiques funéraires et de la pertinence du terme “d’inhumation habillée”.
- Research Article
1
- 10.1075/lplp.00121.cle
- Dec 31, 2024
- Language Problems and Language Planning
Résumé Au-delà du droit, le registre des droits fondamentaux linguistiques est à la croisée de nombreuses disciplines. Ce numéro thématique vise à montrer comment chaque discipline fait exister ces droits en adaptant leur définition. Dans l’article de Maria Margherita Mattioda, ils sont traités comme une référence dans les outils de traduction automatique neuronale ; pour Vicent Climent-Ferrando, ils justifient un appel à une plus grande reconnaissance des langues régionales et minoritaires, l’Union européenne se présentant à chaque fois comme débitrice de ces droits. Juridiquement, les droits fondamentaux linguistiques existent dans la mesure où ils sont juridiquement garantis et effectifs. La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (Cour EDH) montre que tel est parfois le cas, témoignant de son rôle créateur en la matière. Cette introduction met en évidence les limites du mouvement des Linguistic Human Rights (LHR), ainsi que celles du registre des droits fondamentaux ayant une dimension linguistique mobilisé en droit. Par exemple, l’invocation de cette dimension ne résout pas le problème des arbitrages politiques que la communauté doit opérer, ce qui renvoie à la question des coûts et des bénéfices d’une politique linguistique, et dans sa contribution, Bengt-Arne Wickström montre comment l’économie peut fournir des outils de mesure utiles à leur évaluation. Dans les pages qui suivent, nous montrons que la logique des droits fondamentaux linguistiques repose, plus ou moins explicitement, sur des considérations morales et des réalités de terrain. En conséquence, la définition de ces droits varie en fonction de l’interprétation du juge, en particulier de la Cour européenne des droits de l’homme.
- Single Book
- 10.51926/iste.9781784057367
- Apr 1, 2021
Le crâne des Vertébrés quadrupèdes et bipèdes examine la biodynamique architecturale cranio-faciale de plusieurs espèces de Mammifères fossiles et actuelles ainsi que celle d’Hominidés anatomiquement modernes. Il étudie, entre autres, leur adaptation au sol, l’adéquation de la posture de leur tête par rapport à leurs régimes alimentaires ainsi que les articulés dentaires en fonction des espèces fossiles du genre Homo.Il analyse également leurs décalages occlusaux, leurs variations, leurs anomalies et leurs pathologies. Si les espèces fossiles quadrupèdes possèdent dans leur grande majorité une adaptation posturale équilibrée, ne présentant ni asymétries ni dysmorphoses maxillo-mandibulaires, les espèces d’Hominidés qui ont acquis un redressement du corps, puis une adaptation bipède au sol, connaissent en revanche une série de déséquilibres posturaux qui sont présentés dans cet ouvrage.
- Research Article
- 10.25200/bjr.v21n1.2025.1665
- Apr 15, 2025
- Brazilian journalism research
RÉSUMÉ – Cet article étudie la structure de la presse au Maroc, ainsi que ses mutations, à l’aune des règles du conflit entre des forces aux intérêts, positions et attentes contradictoires vis-à-vis de la presse. Nous appuyons cette démarche sur une observation des changements historiques survenus dans la législation de la presse au Maroc, dans le cadre institutionnel régulant la presse, ainsi que la dynamique productive des plateformes de presse au niveau de la lutte pour une presse professionnelle et indépendante. L’approche historique de la situation conflictuelle est très importante car elle montrera que l’espace public marocain a été témoin de moments d’harmonie, d’appréhension et de tension qui ont fait sortir ses sphères politique et médiatique d’un état de coexistence, sur de courtes périodes, pour entrer en conflit, en risquant l’emprisonnement, en arrêtant des journaux ou en imposant des sanctions privatives de liberté aux journalistes, ou encore en infligeant aux journaux des amendes disproportionnées par rapport à leur chiffre d’affaires, voire en décidant d’empêcher les journalistes d’exercer leur profession. ABSTRACT – This article studies the structure of the press in Morocco, as well as its changes in light of the rules of conflict between forces with contradictory interests, positions, and expectations vis-à-vis the press. We base this approach on an observation of the historical changes that have occurred in press legislation in Morocco, in the institutional framework regulating the press, and the productive dynamics of press platforms in terms of the fight for a professional and independent press. The historical approach to the conflict situation is very important because it will show that the Moroccan public space has witnessed moments of harmony, apprehension, and tension which brought its political and media spheres out of a state of coexistence, over short periods, to enter into conflict, by risking imprisonment, by arresting newspapers or by imposing custodial sanctions on journalists, or by imposing fines on newspapers that are disproportionate with regard to their turnover, or even by deciding to prevent journalists from practicing their profession. RESUMO – Este artigo estuda a estrutura da imprensa em Marrocos, bem como as suas mudanças, à luz das regras de conflito entre forças com interesses, posições e expectativas contraditórias face à imprensa. Baseamos esta abordagem na observação das mudanças históricas ocorridas na legislação de imprensa em Marrocos, no quadro institucional que regula a imprensa, bem como na dinâmica produtiva das plataformas de imprensa na luta por uma imprensa profissional e independente. A abordagem histórica da situação de conflito é muito importante porque mostrará que o espaço público marroquino testemunhou momentos de harmonia, apreensão e tensão que tiraram as suas esferas política e mediática de um estado de coexistência, durante curtos períodos, para entrar em conflito, arriscando a prisão, prendendo jornais ou impondo sanções de prisão a jornalistas, ou impondo multas aos jornais desproporcionais ao seu volume de negócios, ou mesmo decidindo impedir os jornalistas de exercerem sua profissão. RESUMEN – Este artículo estudia la estructura de la prensa en Marruecos, así como sus transformaciones, a la luz de las reglas del conflicto entre fuerzas con intereses, posiciones y expectativas contradictorias respecto a la prensa. Basamos este enfoque en la observación de los cambios históricos ocurridos en la legislación de prensa en Marruecos, en el marco institucional que regula la prensa, así como en la dinámica productiva de las plataformas periodísticas en su lucha por una prensa profesional e independiente. El enfoque histórico de la situación de conflicto es muy importante porque mostrará que el espacio público marroquí ha experimentado momentos de armonía, aprensión y tensión que han llevado a sus esferas política y mediática de un estado de coexistencia, durante cortos períodos, a entrar en conflicto, con riesgos de encarcelamiento, cierre de periódicos o la imposición de penas de prisión a periodistas, así como la aplicación de multas a los medios desproporcionadas en relación con su volumen de negocios, o incluso la decisión de impedir que los periodistas ejerzan su profesión.
- Research Article
- 10.4000/145ih
- Jan 1, 2025
- L'Année du Maghreb
Cet article propose d’explorer la notion d’« espace cinématographique amazigh/berbère » (Merolla, 2006, 2019) afin d’analyser des dynamiques d’échanges et de croisements linguistiques, artistiques et culturels encore peu étudiées dans les recherches sur le cinéma nord-africain. Il s’attache à l’œuvre cinématographique d’Abderrahmane Bouguermouh, l’un des premiers cinéastes à avoir réalisé des films en amazigh/berbère (kabyle), en examinant son court métrage La Grive, en langue arabe et française, ainsi que le moyen métrage aujourd’hui perdu Comme une âme, en langue kabyle. En s’appuyant sur les travaux récents de chercheurs tels qu’Armes, Austin, Brahimi, Devaux Yahi, Lafer, Higbee et d’autres, cet article vise également à identifier les caractéristiques et les continuités de l’« espace cinématographique amazigh/berbère » en lien avec les définitions du cinéma postcolonial, diasporique, transnational et accentué, ainsi que du « cinéma-monde » et du « cinéma de transvergence ». Malgré les différentes langues utilisées dans les dialogues, les deux films Comme une âme et La Grive partagent des éléments communs et se caractérisent également par une multiplicité d’interactions et d’affiliations, plutôt que par des distinctions strictes d’inclusion ou d’exclusion. Pour saisir pleinement ces relations, il est crucial de prendre en compte les conditions dans lesquelles les films en langue amazighe/berbère ont émergé dans les années 1990, une période bien postérieure à l’introduction du cinéma en Afrique du Nord, largement retardée par la censure exercée par les États nationaux sur les différentes variantes de la langue amazighe/berbère. L’usage de cette langue dans ces films leur confère une grande popularité auprès du public local. D’ailleurs, plusieurs de ces œuvres ont été récompensées dans divers festivals, tant nationaux qu’internationaux. Plusieurs études montrent que l’équivalence entre « films amazighs » et « films en amazigh » est à la fois restrictive et insuffisante, et que d’autres éléments suggèrent que cette définition devrait être nuancée. En me référant à la réflexion sur « l’espace littéraire amazigh/berbère » (Merolla, 2006, 2019) et en considérant que le choix de la langue amazighe reste central pour les réalisateurs comme pour le public amazighophone, j’ai proposé d’utiliser la notion « espace cinématographique amazigh/berbère » (Merolla, 2019) pour penser les liens entre des productions filmiques qui appartiennent à plusieurs champs linguistiques et culturels au niveaux national et international. La notion « espace cinématographique amazigh/berbère » intéresse également les relations dont on traite dans cet article, entre les films d’un·e même cinéaste réalisés dans des langues différentes. Les films en kabyle, arabe et français du réalisateur Abderrahmane Bouguermouh sont un exemple de la difficulté de nommer « cinéma amazigh » exclusivement la production en amazigh, car ils brouillent les frontières d’une définition restrictive qui se limite à une seule langue. Bouguermouh a réalisé son propre discours anticolonial, humaniste et affectif autour de la Kabylie au-delà des impositions linguistiques et des supports utilisés (cinéma ou télévision, et aussi écriture). Et, si la spécificité du choix de la langue kabyle, pour des raisons identitaires et de contexte politique postcolonial, est centrale, elle ne doit pas faire oublier les continuités au-delà, comme la représentation du multilinguisme algérien, l’attention donnée aux personnages en difficulté sociale et politique, ainsi que le caractère transnational exprimé de temps à autre par l’entrecroisement de référents locaux, nationaux et internationaux dans l’écriture des scénarios ainsi que dans les réalisations et les publics imaginés. À partir de l’analyse de La Grive en arabe et français et de Comme une âme en kabyle, je poursuis des réflexions sur la continuité et la spécificité de « l’espace cinématographique amazigh/berbère » en relation avec des tendances cinématographiques plus larges. Si l’on voit que le point de vue de l’intérieur est fondamental, car les images et les discours sont représentés à travers le prisme de(s) perspective(s) des personnages amazighes, l’« espace cinématographique amazigh/berbère » est également marqué par certains traits des films différemment pensés en tant que postcoloniaux, transnationaux, accentués, diasporiques, et encore comme cinéma-monde et cinéma de transvergence. Il convient de souligner que ce qui constitue « l’espace cinématographique amazigh/berbère » émerge de la constellation des films existants plutôt que d’un modèle normatif. Par conséquent, ce continuum artistique devrait être considéré davantage comme un outil théorique d’investigation plutôt que comme une définition d’inclusion ou d’exclusion artistique. En outre, l’idée d’un cinéma multilingue bouleverse la vision nationaliste de l’« authenticité » culturelle confinée à une seule langue. Le véritable enjeu des études est donc de clarifier les conditions historiques et sociales de production, tout en analysant en profondeur et en interprétant la diversité des références linguistiques et culturelles propres à chaque film.
- Research Article
- 10.14428/regardseco2006.04.01
- Oct 12, 2018
- Regards économiques
Ce numéro de Regards économiques se concentre sur divers aspects du "plan Marshall" (ci-dessous "le plan") qui ont un lien direct avec le marché du travail en Wallonie. Il les situe par rapport à son fonctionnement, par rapport à certaines politiques fédérales et à la problématique salariale en Belgique et dans ses régions.
 Face aux difficultés à pourvoir certains types d'emplois vacants en Wallonie et au manque simultané d'opportunités d'emploi, quels sont les remèdes ? Où le plan peut-il agir ?
 “Le problème de la Wallonie, c'est le manque d'offres d'emploi”, entend-on dire souvent. D'un autre côté, depuis quelques années, est apparue la problématique des postes vacants difficiles à pourvoir (ou des "fonctions critiques"). Bien que la coexistence de ces deux problèmes n'ait rien de surprenant, on a de bonnes raisons de se soucier simultanément de chacun d'eux. Divers mécanismes sont à prendre en compte. Le “plan” agit sur certains d'entre eux mais doit être complété par des outils fédéraux.
 
 Le plan devrait par divers canaux stimuler à terme le nombre de postes vacants créés (renforcement de l'innovation, stimulation de la création d'activités et création de “pôles de compétitivité”). Il est trop tôt cependant pour en juger. L'essentiel dépendra de la capacité de nos institutions publiques et privées à mettre ces actions en œuvre avec efficacité.
 Dans ses domaines de compétence, le "plan" prévoit des mesures qui devraient favoriser la conciliation entre vie familiale et professionnelle (renforcement des capacités d'accueil de jeunes enfants et d'aide «aux personnes dépendantes» par le recrutement de près de 2000 emplois subventionnés dans le secteur non marchand). Ceci devrait faciliter l'acceptation d'une offre d'emploi.
 Le FOREM et des organismes privés cherchent à faciliter la rencontre entre demandeurs d'emplois et postes vacants. Le plan prévoit un renforcement des moyens du FOREM à cet égard mais uniquement en faveur des stagiaires en formation au sein du FOREM lui-même. Cette restriction est difficile à justifier.
 Comme les difficultés de recrutement tiennent aussi à un déficit de compétence, le "plan" prévoit un renforcement de l'effort de formation, en particulier pour les fonctions identifiées comme critiques et dans les secteurs liés aux pôles de compétitivité. Cette sélectivité apparaît cohérente. Divers instruments renforcés par le "plan" (le Plan Formation-Insertion, l'apprentissage des langues, l'enseignement en alternance) ne sont pas nouveaux. Ils ont fait parfois l'objet d'évaluations critiques. On attend des décideurs qu'ils prennent la pleine mesure des conclusions essentielles de celles-ci parallèlement à l'octroi de moyens supplémentaires. Le "plan" intègre la création d'un instrument nouveau par la Communauté française: les Centres de Technologies Avancées. Il s'agit de labelliser et de renforcer les moyens d'établissements scolaires spécialisés dans des secteurs porteurs d'emploi. Ces centres s'ajoutent à une autre structure, créée assez récemment par la Région wallonne et dénommée les Centres de compétence. Etant donné la rapidité des évolutions technologiques, l'enjeu est de taille. La sélection des projets et la coordination entre la Région et la Communauté seront ici aussi déterminants.
 La difficulté à pourvoir des emplois vacants est aussi liée à des facteurs non monétaires nuisibles à la qualité de l'emploi (horaires difficiles, risques d'accident de travail, etc.), au statut social associé ou non à l'emploi et aux images que l'on a de la fonction offerte (voir la récente étude du DULBEA sur ce sujet). Dans le cadre du "plan", le FOREM a récemment mis en place un “plan d'action”qui vise notamment à agir sur certains de ces aspects.
 
 Sans oublier les actions régionales dans le domaine du transport public et du logement, qui ne relèvent pas du "plan", pour promouvoir davantage une meilleure rencontre entre les emplois vacants et les demandeurs d'emploi, la Région wallonne doit en particulier s'appuyer sur les instruments suivants, qui sont essentiellement du ressort de l'Etat fédéral :
 
 On sait que les gains monétaires immédiats en cas de reprise d'emploi se sont accrus dans bien des cas entre 1999 et 2003. Ces gains paraissent toutefois demeurer fort faibles en cas de reprise d'un emploi à bas salaire et à temps partiel. Le gouvernement fédéral s'est engagé à adapter périodiquement les prestations de remplacement de revenus des salariés. Face à cela, pour éviter le développement de désincitants à la reprise d'emploi, toute modification de la (para)fiscalité devrait avoir un double souci : (a) elle devrait atteindre les catégories au bas de l'échelle des revenus du travail d'une manière immédiatement tangible pour celles-ci (via en particulier les cotisations personnelles ou le précompte professionnel); (b) cependant, on ne peut alléger la (para)fiscalité au bas de l'échelle des revenus sans un ajustement dans le même sens pour les revenus plus élevés sous peine de créer des incitations perverses qui réduiraient la base taxable.
 Il est possible que le plan d'activation du comportement de recherche d'emploi entraîne une augmentation de l'effort de recherche. Les évaluations sont en cours. Pour autant qu'elles stimulent effectivement l'effort de recherche d'emploi, les politiques actives rendant celui-ci plus efficace (conseillers en recherche d'emploi, ateliers de recherche active, stage de mise en situation professionnelle) peuvent stimuler une embauche durable, ainsi que l'a montré une évaluation en France. Le plan d'accompagnement des chômeurs pourrait affecter le comportement de recherche d'emploi par ce canal et pas uniquement par le contrôle qu'il exerce.
 
 Coûts salariaux et productivité : Faut-il régionaliser la formation des salaires, alléger le coût du travail ?
 Le “plan” n'aborde qu'incidemment la problématique du coût du travail. A-t-il tort ? En soi, non, car la matière est fédérale. Cette problématique et celle de la productivité sont néanmoins en toile de fond du "plan" et de bien des débats. Nous avons donc estimé utile de consacrer un part de ce numéro à ces aspects.
 Sur base des récentes statistiques de l'ICN, comparés à la Wallonie, le coût salarial par personne est dans la plupart des secteurs supérieur en Flandre (en moyenne, l'écart est de 8 % en 2003) mais la productivité du travail est dans la plupart des secteurs supérieure en Flandre (en moyenne, l'écart est de 14 % en 2004). En combinant ces informations pour 2003, on conclut que le coût salarial par unité de valeur ajoutée est en moyenne inférieur de 4,5 % en Flandre. Ces moyennes cachent néanmoins une hétérogénéité sectorielle importante.
 De ce constat, on peut être tenté de conclure qu'il faudrait abandonner la formation des salaires au niveau (interprofessionnel et sectoriel) fédéral au profit d'une négociation à un niveau régional ou local. Ceci devrait conduire à une meilleure prise en compte des conditions locales du marché du travail lors de la négociation salariale. Nous émettons des doutes sur l'efficacité d'une telle approche. Il est bien établi que les salaires réagissent faiblement au niveau du chômage en Belgique. Rien ne permet de penser qu'une forme de régionalisation modifierait l'ampleur de cette saine réaction. Plus fondamentalement, les résultats d'une négociation se jugent par comparaison aux résultats obtenus par d'autres négociations salariales. Si donc on découpe les commissions paritaires nationales en commissions (sous-)régionales, on doit s'attendre à un effet de comparaison très puissant entre les ex-membres de la même commission nationale. Une régionalisation des négociations est alors moins efficace du point de vue de l'emploi qu'une négociation nationale qui prend en compte les spécificités régionales. Ceci est vrai tant pour la Flandre que pour les autres régions.
 Sans être le seul facteur pertinent (voir notamment le numéro 41 de Regards économiques relatif à la fiscalité), le coût du travail est un facteur central pour les régions belges. Outre le ciblage inadéquat des allégements structurels (fédéraux) de cotisations patronales de sécurité sociale, nous rappelons que des subventions temporaires à l'embauche présentent une efficacité du point de vue de l'insertion en emploi pour autant que le ciblage soit adéquat et la durée de subvention courte (un an devrait être un ordre de grandeur). La région wallonne a de longue date privilégié une autre option : les créations directes et/ou la subvention forte et durable d'emplois réservés aux chômeurs. Le "plan" prolonge cette option par le subventionnement de 2000 emplois supplémentaires (voir point b ci-dessus). Les secteurs bénéficiaires – dans une large mesure les secteurs publics et non-marchand – reçoivent ainsi un soutien parfois essentiel. Il nous apparaît que cette dernière motivation domine en pratique. Nous ne voyons donc pas les raisons de réserver ces emplois à des personnes disposant de statuts spécifiques – souvent complexes à définir.
 Que faut-il faire et, surtout, ne pas faire en matière d’évaluation des politiques d’emploi ?
 L'enjeu de l'évaluation est proclamé de plus en plus souvent, en particulier par le "plan". Mais est-on bien conscient de ce que "évaluer" veut dire ? Nous sommes convaincus du contraire. Le «nombre de contrats signés», le «nombre de bénéficiaires», le «parcours des bénéficiaires sur le marché du travail» et même une comparaison grossière entre ces parcours et ceux d'un vague groupe de contrôle sont autant d’indicateurs descriptifs intéressants. Ils ne permettent cependant pas de se prononcer sur l’effet du dispositif sur les chances d’insertion des demandeurs d’emploi. Des méthodes plus sophistiquées et plus fiables existent mais elles ne s'improvisent pas. Elles requièrent du temps et un savoir-faire pointu. Nous préconisons donc ceci :
 
 Il y a lieu de penser l’évaluation d’un programme avant même son lancement. Il faudrait interdire le lancement d'une nouvelle politique avant que le processus d'évaluation n'ait été défini et reconnu pertinent par une instance indépendante.
 L'Institut Wallon de l'Evaluation, de la Prospective et de la Statistique (IWEPS) doit être doté de moyens substantiellement plus importants pour qu'il puisse notamment mener à bien ses missions d'évaluation.
- Research Article
- 10.46827/ejmts.v4i1.530
- May 31, 2024
- European Journal of Multilingualism and Translation Studies
<p>‘Folktale’ is an expression of two words meaning ‘folk’ and ‘tale,’ referring to stories (tales) told by a people for their people (folks). The implication is that folktales are deeply rooted in the customs and traditions of the tellers and the hearers, hence highlighting a cultural constraint to translators. Besides the cultural constraint, they are often told with a different motive, necessitating the translator to ‘download’ their connotative meaning. They have a link with peacebuilding in that they are said to conjure up memories of ‘heartwarming storytelling events’ which result in the ‘loving embrace of their communities.’ This study, therefore, sets out to (a) identify, analyze and explain the concepts and expressions related to peacebuilding in Mokpe folktales as well as their English translations and (b) explain whether the concept of peacebuilding can effectively be replicated in English by the translator through the use of some translation procedures. The study adopts a descriptive and an analytical research design. Data was collected through the explicatory method: a careful, close and focused method involving the examination of a single major text to understand one or more aspects of it. Data was analyzed through the skopos methodology, a four-dimensional approach proposed by Nord (1991) for textual analysis. Findings reveal that six (6) translation techniques (modulation, substitution, borrowing, omission, explicitation and literary translation) can be used in varying degrees to render peacebuilding discourse in selected Mokpe folktales into English. From the above techniques, domestication (80 %) appears to be the most widely used translation strategy rather than foreignization (20 %), as most of the folktales have experienced the process of ‘purification’ and ‘remodeling’ in the target language. Findings also reveal the recurrence of three translation theories in the translation of selected excerpts in the folktales. They include the sociolinguistic (20 %), linguistic (30%) and skopos (50 %) theories respectively. </p><p>Le terme « conte populaire » est l'expression de deux mots signifiant « folk » et « tale », et fait référence à des histoires (contes) racontées par un peuple pour son peuple (folks). Cela signifie que les contes populaires sont profondément ancrés dans les coutumes et les traditions de ceux qui les racontent et de ceux qui les écoutent, ce qui met en évidence une contrainte culturelle pour les traducteurs. Outre la contrainte culturelle, ils sont souvent racontés pour un motif différent, ce qui oblige le traducteur à « télécharger » leur sens connotatif. Ils ont un lien avec la construction de la paix, car on dit qu'ils évoquent des souvenirs de « contes réconfortants » qui aboutissent à « l'étreinte amoureuse de leurs communautés ». Cette étude vise donc à (a) identifier, analyser et expliquer les concepts et expressions liés à la construction de la paix dans les contes populaires Mokpe ainsi que dans leurs traductions anglaises, et (b) expliquer si le concept de construction de la paix peut effectivement être reproduit en anglais par le traducteur grâce à l'utilisation de certaines procédures de traduction. L'étude adopte un modèle de recherche descriptif et analytique. Les données ont été collectées par la méthode explicative : une méthode prudente, étroite et ciblée impliquant l'examen d'un seul texte majeur afin d'en comprendre un ou plusieurs aspects. Les données ont été analysées à l'aide de la méthodologie skopos, une approche quadridimensionnelle proposée par Nord (1991) pour l'analyse textuelle. Les résultats révèlent que six (6) techniques de traduction (modulation, substitution, emprunt, omission, explicitation et traduction littéraire) peuvent être utilisées à des degrés divers pour traduire en anglais le discours sur la construction de la paix dans des contes populaires Mokpe sélectionnés. Parmi les techniques susmentionnées, la domestication (80 %) semble être la stratégie de traduction la plus utilisée par rapport à l'étrangéisation (20 %), car la plupart des contes populaires ont subi le processus de « purification » et de « remodelage » dans la langue cible. Les résultats révèlent également la récurrence de trois théories de la traduction dans la traduction d'extraits sélectionnés de contes populaires. Il s'agit de la théorie sociolinguistique (20 %), linguistique (30 %) et skopos (50 %) respectivement.</p><p> </p><p> </p><p><strong> Article visualizations:</strong></p><p><img src="/-counters-/soc/0771/a.php" alt="Hit counter" /></p>
- Research Article
- 10.7202/1117185ar
- Jan 1, 2025
- Recherches sociographiques
Cet article examine de manière temporelle les effets de la connaissance des langues officielles sur l’insertion économique de deux cohortes d’immigrants qui se sont installées dans la région métropolitaine de Montréal, l’une en 1989, l’autre en 2009. S’appuyant sur les données de la Base de données longitudinales sur l’immigration (BDIM), il vise plus spécifiquement à répondre à quatre questions : (1) quel est l’effet de la connaissance des langues officielles, français et anglais, sur l’insertion économique de ces immigrants? (2) Quelle langue est la plus favorable à leur insertion économique? (3) Que représente le bilinguisme comme atout économique? Et (4) comment a évolué l’importance du français comme facteur d’insertion économique depuis le début des années 1990 dans la région de Montréal? Les résultats montrent que la connaissance du français à l’arrivée des immigrants en 1989 et 2009 constitue un atout pour l’accès à l’emploi et l’amélioration du revenu d’emploi et que sa valeur augmente avec le temps. Ils montrent également une augmentation de la valeur de la connaissance de l’anglais à l’arrivée des immigrants en 2009 dans un contexte où le bilinguisme devient de plus en plus nécessaire dans un marché du travail plus ouvert sur l’international. La connaissance des deux langues officielles serait ainsi devenue un atout de plus en plus important sur le marché du travail montréalais.
- Research Article
- 10.14428/regardseco2002.05.01
- Oct 12, 2018
- Regards économiques
Un constat fort se dégage des enquêtes sur les connaissances des élèves en math, en sciences et en lecture opérées depuis 30 ans par l’OCDE : la performance de notre enseignement décroche graduellement par rapport à celle des pays voisins et de la Flandre. Quels sont les déterminants probables d’un tel état de fait ? Peut-on penser que le niveau des ressources joue un rôle décisif ? A vrai dire non. Communautés française et flamande ont dépensé tout au long des années 1990 pratiquement le même montant par élève. Mais les scores des élèves en Flandre sont nettement supérieurs. Nos travaux et ceux de nombreux collègues économistes de l’éducation suggèrent que l’enjeu est avant tout organisationnel. Certes, les ressources budgétaires importent. Il est évident, par exemple, que leur niveau doit garantir la possibilité d’engager du personnel en nombre et qualité suffisants. Mais la majoration des moyens financiers et humains ne constitue nullement une condition suffisante de l’amélioration des performances. Dans l’enseignement plus que dans d’autres secteurs, le mode d’organisation (régulation) semble, en revanche, avoir une forte influence sur la relation ressources/résultats.
 Que peut-on dire de la situation en Communauté française sur ce plan et quels en sont les enjeux ? En bref, nous pouvons dire que le mode de régulation actuel est très insatisfaisant car très hybride. Il repose sur plusieurs conceptions de la régulation. Chacune comporte des faiblesses. De plus, l’articulation qui s’est opérée au fil des ans a été peu réfléchie, mal mise en oeuvre, et se révèle en définitive coûteuse sur le plan des performances. A l’inverse, la Flandre a accompli depuis 1970 un travail discret mais bien effectif de simplification et de clarification de son mode de régulation.
 L'organisation de l'enseignement en Communauté française comporte tout d'abord une composante concurrentielle (ou "quasi-marché"). Bien que le financement de l’enseignement soit public, les modalités d’octroi de ce financement font apparaître une logique concurrentielle : les parents, les élèves ou étudiants sont en effet libres de choisir leur établissement. Les établissements sont de surcroît financés en fonction du nombre d’inscrits. La faiblesse de ce modèle est qu’il est source d’iniquité, dans la mesure où le libre-choix tend généralement à accentuer le degré de ségrégation des publics entre écoles proches.
 Il y a par ailleurs en Communauté française une tradition de contrôle par la voie hiérarchique. Les réglementations administratives sont nombreuses dans l’enseignement : horaires, grilles salariales, taux d’encadrement, priorité d’emploi pour les personnels avec ancienneté, ... Et la tendance récente est à l’amplification. Or, l’évaluation que les économistes font sur ce type d’interventions est très mitigée. Le contrôle administratif réussit certes à générer une certaine conformité (respect formel des horaires, des taux d’encadrement prévus par la loi, …) mais il échoue à influencer les comportements des enseignants qui déterminent réellement le degré d’efficacité et d’équité du système.
 La présence simultanée de ces deux modes de régulation antagonistes nuit tant à l'efficacité qu'à l'équité de l'enseignement. La concurrence, pour être efficace, requiert la présence de producteurs libres de choisir l’usage des ressources qui leur paraît le plus indiqué pour répondre à la demande. Or, le contrôle administratif limite fortement l'autonomie des écoles en multipliant règles et procédures à respecter. On peut également douter du fait que le contrôle administratif exerce une action correctrice par rapport aux effets néfastes du libre-choix. Ainsi, peu de mesures administratives en vigueur sont de nature à limiter la ségrégation des publics ou ses effets. L’uniformité des salaires et des modes de gestion du personnel empêche, par exemple, l’octroi de primes salariales aux enseignants s’occupant d’élèves en difficulté.
 Que faire dès lors ? En dépit de toutes les limitations d'un système de libre-choix, et malgré la tendance à la ségrégation des publics qui la caractérise, nous ne croyons pas à son remplacement par un modèle hiérarchique pur, avec, comme en France, une carte scolaire synonyme d’assignation de l’école en fonction du lieu de résidence. Car il y a la question du coût politique de l’abandon du libre-choix de l’école. Mais il y a aussi le risque d’une accentuation de la ségrégation résidentielle.
 L’option de politique scolaire doit plutôt être celle d'encadrer le système de libre-choix, mais pas via un renforcement du contrôle hiérarchique de type bureaucratique. Il est plus indiqué d’opter, comme en Flandre mais aussi en Finlande ou en Grande-Bretagne, pour un encadrement par voie de contractualisation. Il s’agirait de dissocier plus nettement qu’aujourd’hui les fonctions de contrôle et de production du service éducatif. Aux écoles, il reviendrait de décider plus librement des horaires de présence des professeurs et des élèves, de la durée des cours par matière, du nombre et du type d’enseignants à recruter ou encore de l’opportunité de les envoyer en recyclage. A l’administration, il appartiendrait d’évaluer la performance des écoles. Son rôle principal deviendrait de faire passer aux élèves, à intervalles réguliers, des tests standardisés, à l’image de ceux conçus par l’OCDE. Les résultats à ces tests, pondérés pour tenir compte de l’origine socio-économique des élèves, formeraient la base de l’évaluation des écoles. Et ce n’est qu’en cas d’évaluation négative répétée qu’il y aurait intervention dans la gestion de l’école, par un changement de direction, une mise sous tutelle, …
- Research Article
- 10.1007/s42330-023-00277-y
- Jun 1, 2023
- Canadian Journal of Science, Mathematics and Technology Education
There is an ongoing public debate about mathematics education. This dialogue influences policymakers as well as mathematics teachers who are affected by these public ideas. Consequently, exploring the public debate, for example, by studying news media, is relevant for understanding teaching and learning in mathematics and also pertinent for researchers to actively participate in the debate about mathematics education. Representations of mathematics education, which emerged in a study of three national newspapers in Sweden, were explored. Articles relevant to the study were found in systematic searches in a media archive every fifth year between 1992 and 2017. Findings show that the construction of mathematics education in Swedish newspapers is multifaceted and complex, foregrounded by achievements, measurements and various forms of teaching. Other parts of the construction involve teachers wanting to arouse positive feelings, but their attempts are often unsuccessful. Whilst the construction of mathematics education is increasingly varied, the resulting positive and negative feelings and the tensions between representations contribute new insights, which are important to the field.RésuméL’enseignement des mathématiques fait constamment l’objet d’un débat public. Cette discussion influence les décideurs politiques ainsi que les enseignants de mathématiques touchés par ces idées échangées dans le domaine public. Par conséquent, afin de comprendre l’enseignement et l’apprentissage des mathématiques, en plus de faciliter la participation active des chercheurs à la conversation portant sur l’enseignement des mathématiques, il est pertinent d’étudier ce débat public, par exemple en examinant les médias d’information. Ainsi, nous avons analysé les représentations faites de l’enseignement des mathématiques qui sont ressorties de l’examen de trois journaux nationaux en Suède. Des recherches systématiques effectuées dans des archives médiatiques tous les cinq ans entre 1992 et 2017 ont permis d’identifier des articles pertinents à cette étude. Les résultats montrent que la conception de l’enseignement des mathématiques dans les journaux suédois est multiforme et complexe, qu’elle met l’accent sur les réalisations, les évaluations et diverses formes d’enseignement. D’autres éléments incluent le fait que les enseignants veulent susciter des sentiments positifs, mais que leurs tentatives sont souvent infructueuses. L’accent placé sur les réalisations et les évaluations est conforme aux études antérieures menées au Canada; alors que la représentation de l’enseignement des mathématiques est de plus en plus variée, les sentiments positifs et négatifs qui en résultent, ainsi que les tensions entre les représentations, apportent de nouvelles perspectives, importantes pour le domaine.
- Research Article
- 10.14746/cph.2003.2.1
- Dec 15, 2003
- Czasopismo Prawno-Historyczne
Le 11 février 2003 l’Institut d’Histoire du Droit de l’Université de Varsovie s’est réuni en commémoration du Professeur Michał Sczaniecki (1910-1977), dirigeant la Chaire d’Histoire générale de l’Etat et du droit de l’Institut depuis sa venue de Poznań en 1965 jusqu’à sa mort. A cette occasion, deux rapports ont été présentés, en présence des deux filles du Professeur, par les deux derniers disciples du Professeur Sczaniecki, aujourd’hui professeurs de la Faculté de Varsovie: l’un consacré aux activités scientifiques de Michał Sczaniecki (Hubert Izdebski, professeur d’histoire des idées politiques et juridiques) et l’autre sur ses activités du domaine d’enseignement de l’histoire du droit (Marek Wąsowicz, professeur d’histoire comparée de l’Etat et du droit). Les rapports ont été suivis des évocations des souvenirs du Professeur ainsi que de la discussion générale.La division de la matière entre les rapports est d’ailleurs bien conventionnelle parce que Michał Sczaniecki unissait étroitement l’intérêt à l’enseignement avec l’intérêt tout scientifique. L'Histoire générale de l'Etat et du droit, son oeuvre majeure parue pour la première fois en 1968-69, est à la fois un manuel (toujours en usage) pour les étudiants et une synthèse originale de l’histoire comparative des institutions.Dans sa préface, l’auteur a présenté quatre principes qui l’avaient guidés, et qui se font retrouver dans toutes ses oeuvres, à savoir:• l’histoire de l’Etat et du droit s’occupe des régularités du développement des institutions, ce développement n’étant pas autonome, mais dépendant des facteurs sociaux et économiques,• l’histoire générale de l’Etat et du droit est la plus synthétique des disciplines des sciences d’histoire du droit comme elle s’occupe du développement général des institutions dans le cadre du développement social général,• c’est la méthode comparative qui est la plus typique de l’histoire générale de l’Etat et du droit,• grâce à la recherche des régularités du développement et à la méthode comparative,l’histoire du droit peut servir à expliquer les problèmes de l’Etat et du droit contemporains. Ses principes se font retrouver déjà dans les deux premiers livres de Michał Sczaniecki: la thèse de doctorat sur les concessions de la terre aux chevaliers en Pologne jusqu’à la fin du XIIIe siècle (soutenue en 1937 à Poznań) et L'Essai sur les fiefs-rentes (publié en 1946 à Paris). Le deuxième livre, consacré au sujet très peu connu et se trouvant sur l’influence de la Sociétéféodale de Marc Bloch, a reçu très bonnes notes de la critique scientifique polonaise et internationale, et c’était dans une large mesure grâce à lui que Michał Sczaniecki a obtenu le doctorat honoris causa de l’Université de Grenoble en 1959. On retrouve les mêmes principes dans la dernière oeuvre du Professeur Sczaniecki, le rapport Jean Bodin et la Pologne, présenté au Congrès varsovien de la Société Jean Bodin pour l’Histoire comparative des institutions en 1976.Dans son rapport, M. Izdebski analyse les autres traits caractéristiques de l’oeuvre de Michał Sczaniecki, dont l’emploi, jamais dogmatique, de la méthode marxiste, son intérêt à l’histoire des idées ainsi que son ouverture à la culture française, aux thèmes français et à la science française. Les dernierès parties du rapport sont consacrées aux activités du Professeur Sczaniecki que l’on peut qualifier comme le service à la science, dont la rédaction de „Czasopismo Prawno-Historyczne” (en fait depuis ses débuts en 1948, formellement depuis 1953), la direction des nombreuses institutions scientifiques ainsi que l’information du public français sur le développement de l’histoire du droit en Pologne (dans la „Revue historique de Droit français et étranger”) et du public polonais sur les oeuvres françaises (notamment dans le „Czasopismo Prawno-Historyczne").
- Research Article
- 10.3917/rbm.369.0049
- Dec 1, 2022
- Revue de biologie médicale
Les réactions d’hypersensibilité médicamenteuse aiguë périopératoires (HSAP) sont des évènements imprévisibles pouvant avoir de graves conséquences pour les patients. Les substances les plus fréquemment incriminées sont les curares, suivies des antibiotiques. À la suite d’une HSAP, les décisions relatives aux procédures d’anesthésie ultérieures (en particulier le choix d’un curare) peuvent être difficiles en raison d’un bilan diagnostique non concluant pour une proportion importante de patients. En effet, les méthodes diagnostiques actuelles reposent toutes sur l’hypothèse d’une réaction allergique régie par une dégranulation mastocytaire, consécutive au pontage d’IgE spécifiques de surface par un allergène. Elles comprennent la détection de produits de dégranulation des mastocytes et des IgE spécifiques des médicaments, ainsi que des tests cutanés réalisés à distance (endotype IgE). Néanmoins, plusieurs travaux dans des modèles animaux ou des cohortes observationnelles montrent que d’autres voies indépendantes des IgE, qui ne sont pas explorées par les tests actuels, peuvent être impliquées dans les HSAP. La restriction de l’approche diagnostique étiologique (identification du médicament responsable) des HSAP à l’endotype IgE génère une incertitude quant au risque de récidive et aux choix des médicaments (principalement les curares) pour les procédures d’anesthésie ultérieures. Dans cette revue, nous détaillons les différents mécanismes ou endotypes d’HSAP décrits, ainsi que les tests diagnostiques actuellement disponibles et leurs limites. De plus, nous discutons la place de nouveaux tests candidats susceptibles d’être utiles pour le diagnostic d’une HSAP indépendante des IgE.
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