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Les agricultrices face au confinement sanitaire : stratégies d’adaptation et solidarités en France et en Algérie

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Cet article, issu du projet de recherche du programme Atlas, présente les résultats d’une analyse comparative des femmes agricultrices dans deux contextes géographiques et sociaux contrastés : la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) en France et la région de Blida en Algérie, durant les périodes de confinement liées à la pandémie de COVID-191.L’hypothèse centrale de cette étude reposait sur l’idée que, malgré les différences structurelles entre la France et l’Algérie en matière de politiques agricoles, d’infrastructures sanitaires et de reconnaissance institutionnelle du travail des femmes, les agricultrices ont pu s’appuyer sur des réseaux de solidarité de proximité pour faire face aux effets déstabilisants de la crise sanitaire. La thèse principale défendue dans cet article est que la solidarité familiale et sociale a constitué une ressource essentielle, voire déterminante, dans la capacité des femmes à maintenir leurs activités agricoles, à préserver leur bien-être et à renforcer leur autonomie pendant le confinement, particulièrement en l’absence ou en raison de l’insuffisance du soutien institutionnel.L’étude s’appuie sur deux enquêtes qualitatives réalisées en 2023 et 20242. En France, 15 entretiens semi-directifs ont été menés auprès de femmes agricultrices et éleveuses âgées de 33 à 65 ans, majoritairement cheffes d’exploitation, engagées dans l’agriculture biologique en région PACA3. En Algérie, l’enquête a été conduite auprès de 10 agricultrices et 5 éleveuses dans la région de Blida. Les critères d’inclusion comprenaient l’exercice d’une activité rémunérée et la résidence en milieu rural et périurbain. Les entretiens avec des agricultrices-éleveuses ont eu lieu à leurs domiciles, sur leurs exploitations agricoles, au marché d’Aubagne (France) et via WhatsApp (pour certaines interviewées françaises). D’un point de vue théorique, l’analyse s’inscrit dans une approche socio-anthropologique du travail agricole féminin, en mobilisant plusieurs cadres d’interprétation. Elle convoque à la fois les théories classiques de la solidarité (Durkheim, 1922, p. 60-190 ; Thibault, 2010), les analyses de la parenté en tant que réseau d’entraide (Adjamagbo, 1997 ; Golaz et al., 2015) et les travaux récents sur les effets genrés du confinement (Rasplus, 2020 ; Vitale et Recchi, 2020 ; Hoibian et al., 2021). En PACA comme à Blida, les enquêtées ont vu leur charge de travail s’intensifier, en raison de la fermeture partielle des marchés, des écoles et des services publics. Toutefois, nombre d’entre elles ont su maintenir, voire améliorer, leurs revenus agricoles. Cette relative stabilité économique s’explique en partie par la diversification des activités (transformation des produits, vente directe, circuits courts) mais aussi par des formes d’organisation collectives (groupements de femmes, asociations pour le maintien d’une agriculture paysanne [AMAP], entraide entre amies ou voisines). La deuxième partie de l’analyse souligne le rôle central des solidarités familiale et amicale comme ressources de compensation. Loin d’être perçu comme une période d’isolement, le confinement a, pour plusieurs enquêtées, été marqué par un renforcement des liens sociaux et l’assistance régulière de proches (parents, sœurs, voisines) pour la garde des enfants, la logistique de vente ou le soutien moral. Ces résultats contrastent avec d’autres études menées en milieu urbain (Pailhé, Solaz et Wilner, 2021 ; Hoibian et al., 2021) qui soulignaient la surcharge mentale et domestique pesant sur les femmes pendant la crise sanitaire. L’analyse corrobore en revanche les observations de Vitale et Recchi (2020), qui mettent en évidence un recentrage sur les « liens forts » familiaux et amicaux en période de crise. En milieu rural, la famille élargie, les amies et les voisines ont apporté un soutien matériel, organisationnel et émotionnel crucial, facilitant la continuité de l’activité agricole malgré les restrictions. Enfin, cette étude met en lumière le confinement comme un laboratoire d’observation privilégié des dynamiques de solidarité familiale, révélant à la fois les capacités d’adaptation des femmes agricultrices face à une crise inédite et la spécificité des formes de solidarité à l’œuvre dans les milieux ruraux.

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