L’indicible dans Hippolyte (1573) de Robert Garnier
Le sujet même d’Hippolyte de Robert Garnier est de l’ordre de l’indicible car il touche à des interdits à la fois moral et social, l’adultère et l’inceste, qu’il associe de manière répétée à la figure du monstre. Dans plusieurs scènes, l’enjeu est de faire advenir la parole, dans une dialectique entre répression et expression. L’indicible finit par s’exprimer dans la tragédie, selon des modalités diverses, et suscite alors l’horreur, la violence, la répulsion, la sidération. L’acte même de dire est transgressif. La parole en crise devient donc un enjeu majeur d’Hippolyte, un enjeu à la fois pragmatique, dramatique et dramaturgique. Placer l’indicible sur scène semble paradoxal dans un théâtre qui place au premier plan la parole sous toutes ses formes. Singulièrement, mettre en scène l’indicible révèle la puissance agissante de la parole. Par son sujet transgressif, le tabou de la passion incestueuse, Hippolyte met en spectacle un drame de la parole. Il s’agira de se demander comment Garnier fait de la verbalisation l’enjeu du drame et soutient ainsi la gageure de l’indicible au théâtre, pour étudier ses modes de représentation sur la scène tragique d’Hippolyte, sa fonction dramatique, tragique et l’éthique de l’horreur qu’il met en œuvre.