L’Hérode de Tristan, entre exposition et obscurcissement
Le titre de La Mariane de Tristan L’Hermite (1636) ne saurait éclipser l’importance cruciale qu’y revêt le personnage d’Hérode, chargé d’inaugurer l’acte initial et de clore le dernier en une structure circulaire particulièrement remarquable. Malgré une extrême concision, le monologue qu’il prononce dès le début introduit les informations essentielles que requiert une scène d’exposition, mais laisse aussi présager le double dénouement tragique que constituent par la suite le meurtre de l’héroïne et la folie de son furieux époux. La réflexion que propose l’article touche à la chronologie des faits en inscrivant d’entrée de jeu la parole du roi déchu dans une triple temporalité, relative au passé même antérieur à l’ouverture de la pièce, au présent empli des douleurs d’un amour insatisfait et à un futur plus ou moins proche. La tragédie, que cristallise à elle seule la scène originelle, est ainsi le lieu d’une tension problématique entre ce qui est énoncé et ce qui est suggéré ou discrètement annoncé. L’esthétique de l’ineffable que déploie Tristan est dès lors à l’image de ces quatorze premiers vers, qui font éclater les contradictions d’un être à l’obscurité presque insondable, comme si l’œuvre tout entière était réductible à une métaphore empreinte d’une profonde ambivalence, à l’instar du couple antithétique et toutefois complémentaire que forment les motifs topiques de l’ombre et de la lumière.