Hippolytus par John Studley : traduire Sénèque et l'indicible
Faisant l’objet, dans un premier temps, d’éditions individuelles publiées entre 1559 et 1567, les traductions des tragédies de Sénèque vont être, Hippolytus comprise, rassemblées dans un second temps par Thomas Newton dans un recueil intitulé Seneca his Tenne Tragedies, publié à Londres en 1581. Leurs auteurs, « gentilshommes érudits, de bonne réputation et de haut rang », sont de jeunes universitaires fréquentant les prestigieuses Inns of Court, lieux de formation à la culture et au métier juridiques. C’est dans la culture commune de ce cercle littéraire et social que s’inscrivent les traductions qui tiennent autant de l’exercice de style que de la démonstration d’érudition. Si cette entreprise a pour fin d’assurer la propagation du savoir, ambition humaniste par excellence, elle se doit aussi d’avoir pour vertu de contribuer à l’édification morale. En effet, traduire les tragédies de Sénèque constitue un défi puisqu’il s’agit de réécrire des histoires que réprouve la morale de l’Angleterre du XVIe siècle. Concernant Hippolytus, il s’agit de l’amour adultère et incestueux — donc indicible — que Phèdre, l’épouse de Thésée nourrit pour son beau-fils Hippolyte. L’indicible n’y est donc pas ce qui ne peut littéralement être dit, mais ce qui ne peut être dit sans être moralisé. À cette double intention le traducteur clarifie les allusions et périphrases pour identifier les personnages et expliciter les mythes, facilitant ainsi la compréhension de l’œuvre latine par un public novice. En parallèle, il développe un discours paratextuel à visée moralisatrice et opère des modifications discrètes mais significatives dans le texte.