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Ethnographie historique de la zawiya Uqari à Guenzet (Kabylie)

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TL;DR

This ethnographic study of the zawiya Uqari in Kabylie examines its post-independence transformations amid contemporary religious and political dynamics, highlighting tensions between local traditions, state-led religious reforms, and the influence of reformism and Islamism, with findings showing contradictions between official curricula and actual teachings.

Abstract
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Comme plusieurs régions du Maghreb, la Kabylie constitue une aire où l’on peut observer une présence remarquable des lieux à vocation religieuse, désignés localement par les deux termes : timɛemert (lieu plein) et zāwiya (angle, coin). Ces institutions d’enseignement coranique portent souvent le nom du saint fondateur. L’implantation des saints en Kabylie semble s’opérer en deux vagues. La première vague remonte aux xiie-xiiie siècles, tandis que la deuxième, plus importante, date des xvie-xviie siècles. L’installation des saints s’accompagne ensuite de l’édification d’établissements religieux. C’est le cas de la zawiya fondée par le saint Sidi Mohamed Uqari durant la deuxième moitié du xviie siècle à Guenzet, une région rurale montagneuse qui se situe dans la partie occidentale du massif du Guergour, entre les villes de Sétif, Bordj Bou Arreridj et Bejaia, un territoire communément identifié à la tribu des At Yaala. Le présent article propose une ethnographie historique de cet établissement religieux, en analysant ses mutations postérieures à l’indépendance, en lien avec les dynamiques religieuses et politiques contemporaines et à la lumière des enjeux du passé. Il montre d’abord comment le réformisme influence concrètement les représentations et pratiques « traditionnelles »/locales de la sainteté. Puis il s’intéresse à la manière dont l’État articule une telle institution religieuse au culte officiel et tend à encadrer l’islam algérien, suite à l’essor de l’islamisme politique, à travers la réorientation de l’enseignement religieux. Notre analyse s’appuie sur les données d’une enquête ethnographique menée entre le mois de juillet 2022 et le mois d’août 2023. Notre approche de terrain combine l’observation directe des lieux et les entretiens (une dizaine) avec les responsables, cheikhs et ṭulbā (ou tulba : étudiants/lettrés) de l’établissement. En outre, nos enquêtés ont mis à notre disposition plusieurs manuscrits, photographies anciennes et autres documents concernant la zawiya (le règlement intérieur, plusieurs versions des programmes d’enseignement et des documents administratifs). Ce travail de terrain est associé à une approche théorique qui s’inspire de la perspective dynamique, laquelle permet d’observer des changements, aussi bien endogènes (au sein de la zawiya) qu’exogènes (à l’échelle de la société locale), en articulant les approches synchronique et diachronique au croisement de l’anthropologie et de l’histoire. Cette étude montre que la zawiya constitue, notamment durant la période postérieure à l’indépendance, un véritable foyer de tensions politiques et sociales. Elle met en lumière celles persistantes entre l’inscription d’acteurs locaux dans l’héritage de l’islam des zawiyas, du culte des saints et des rituels qui l’accompagnent et leur intégration dans les sphères étatiques de l’islam officiel et dominant. Elle éclaire également l’attraction-répulsion exercée par le réformisme et la mouvance islamique. Des données de terrain montrent comment ces rapports de réappropriation et de conflits se traduisent par une transformation du champ religieux local, ainsi que les contradictions à l’œuvre entre les intentions programmatiques et les réalités d’application. Ces contradictions apparaissent notamment à travers le projet de réorientation de l’enseignement religieux que mène l’État depuis deux décennies. En fait, ce dessein est contrarié par plusieurs obstacles qui expliquent les contradictions entre les programmes d’enseignement élaboré par le ministère (à destination des zawiyas et écoles coraniques) et la réalité des enseignements dans ces établissements. Le cas étudié rend particulièrement visibles ces contradictions et ces obstacles. Par ailleurs, nos connaissances accumulées sur d’autres établissements religieux en Kabylie montrent que si la zawiya Uqari adhère à ce projet, c’est loin d’être le cas ailleurs où nous n’avons pas retrouvé la trace de tels programmes. Ces premiers résultats ouvrent d’autres perspectives de recherche concernant les programmes d’enseignement à l’œuvre dans les zawiyas ou écoles coraniques, et leurs rapports avec la bureaucratie religieuse officielle.

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