Dimensions politiques et sociales du motif de l’animalité dans Abou Leila et Plumes
Les films Abou Leila (Amin Sidi-Boumédiène, Algérie/France/Qatar, 2019) et Plumes (Omar El Zohairy, Égypte/France/Pays-Bas/Grèce, 2021) comportent plusieurs caractéristiques communes au-delà du fait qu’ils ont été tournés dans une période ultérieure au déclenchement des Printemps arabes. Tous deux sont des premiers longs métrages qui ont circulé dans des festivals internationaux, des co-productions avec l’étranger et ont été distribués en Europe. Ces deux longs métrages font partie des productions cinématographiques qui rencontrent un plus grand écho hors de leurs frontières nationales que dans leur propre pays. Au-delà de leur contexte de production et de réception, cette contribution vise à analyser la façon dont ces deux films mobilisent la figure de l’animalité, afin de traiter des aspects politiques et sociaux de leur société respective. En effet, dans le film d’Omar El Zohairy, c’est un père de famille qui se trouve transformé en poule suite à un tour de magie à l’issue inattendue, tandis que dans le film d’Amin Sidi-Boumédiène, deux amis partent sur les traces d’un terroriste qui se confond avec un guépard et les cauchemars (éveillés) d’un des deux hommes sont emplis de chèvres et brebis prêtes pour l’abattoir. Plus précisément, Abou Leila et Plumes ont la particularité d’associer le motif de l’animalité à la notion d’émancipation, vis-à-vis du patriarcat (Plumes) ou des fantômes de la guerre civile (Abou Leila). Ainsi, la problématique de cette contribution réside dans l’analyse de l’utilisation du motif de l’animalité qui articule émancipation et violence. Que cela soit le personnage de S. cherchant à en finir avec ses démons dans la décennie noire algérienne ou la mère de famille obligée de circuler dans l’espace public afin de subvenir aux besoins de sa famille et de retrouver son mari, les personnages principaux des deux films évoluent dans des climats de tension qui va en crescendo. Ils finissent par basculer l’un comme l’autre dans la violence, qui s’inscrit dans des contextes où la violence est de nature différente, où leur combat contre l’animalité questionne leur propre humanité. Afin de mettre en exergue la façon dont est construit le motif de l’animalité, il s’agit dans un premier temps de replacer les deux films dans leur contexte de production et de diffusion, puis de montrer les ramifications plus larges dans lesquels ils s’inscrivent dans l’histoire de la création cinématographique et, plus largement, artistique. Puis dans un second temps, il importe de procéder à une analyse de certaines des séquences des deux films retenus, afin d’analyser de façon formelle comment le motif de l’animalité participe, dans des situations d’émancipation compliquées, à construire une représentation des différentes formes de violence qu’elle soit liée aux traumatismes de la guerre civile algérienne ou à la domination patriarcale. Il apparaît que le motif de l’animalité se conjugue avec la violence jusqu’à un point de non-retour où les personnages principaux se livrent à une lutte à mort pour leur survie.