Accelerate Literature Icon
Want to do a literature review? Try our new Literature Review workflow

D’un islam à un autre : la conversion intra-religieuse d’Abou Hafs au Maroc

  • Abstract
  • Literature Map
  • Similar Papers
Abstract
Translate article icon Translate Article Star icon

Peut-on envisager un changement de croyances au sein de la même famille religieuse ? Cette question, qui est au cœur de la sociologie des religions, interpelle constamment la recherche en sciences sociales. À l’heure de l’individuation du croire et des nouveaux moyens de communication, la quête du sens est de plus en plus pressante. Les bricolages identitaires et la recomposition des frontières du religieux favorisent les conversions. Ce champ de recherche suscite une littérature pléthorique. En tant que phénomène significatif pour l’évolution du monde dans lequel nous vivons, la conversion religieuse renvoie à une mutation, à une transition et à un passage. Elle désigne un acte par lequel l’individu délaisse ou adopte une croyance et s’inscrit dans « un mouvement de critique radicale du monde, de la réalité ou de soi-même, et porte avec elle la promesse d’un changement, individuel en premier lieu, puis potentiellement collectif » (Heurtin et Michel, 2021, p. 6). Plusieurs travaux ont souligné les modalités et les motivations pour changer sa croyance et embrasser une nouvelle religion. Si les conversions religieuses ont avant tout été analysées aux prismes des flux de circulation entre les différentes confessions, nous privilégions dans cet article la conversion « intra-religieuse ». L’expression renvoie à « un acte par lequel l’identité d’un individu et ses convictions religieuses sont modifiées, changées, stimulées, renforcées, dynamisées, ravivées et revigorées au sein de sa tradition religieuse » (Gilliat-Ray, 1999, p. 316). En mobilisant cette notion dans le champ académique des conversions religieuses, cette contribution interroge au moyen de méthodes qualitatives et de réflexions théoriques les moments, formes et significations données à cette conversation à partir du cas d’Abou Hafs au Maroc. Autrement dit, il s’agit de scruter le cheminement d’un individu s’identifiant au salafisme qui délaisse sa rhétorique religieuse conservatrice au profit d’un engagement public en rupture avec sa socialisation primaire. Pris comme idéal-type au sens wébérien du terme, cet individu ayant adhéré au salafisme jihadiste et incarcéré suite aux attentats de Casablanca en 2003 devient aujourd’hui une figure publique et un fervent défenseur des libertés individuelles. Ce tournant est intéressant à bien des égards. Cette conversion intra-religieuse entraîne des reconfigurations de position, d’identification et de rapport au politique. Cette contribution présente deux apports originaux. Le premier consiste à restituer le dynamisme et la conflictualité interne du salafisme, qui est le plus souvent décrit comme un champ homogène et assez imperméable au changement et au pluralisme en son sein. Le second réside dans le fait d’explorer la problématique conversion au sein d’une même obédience religieuse. Pour étayer notre hypothèse, cette contribution s’appuie sur l’analyse du discours de l’acteur et de sa biographie. Le matériel est constitué principalement de la littérature grise produite par l’acteur, ainsi que d’une dizaine de ses sorties médiatiques et d’une revue de la presse arabophone et francophone. L’analyse appréhende la conversion d’Abou Hafs comme un processus interactif et multi-spatial, qui négocie son identité en fonction de son milieu. La première partie éclaire la socialisation primaire d’Abou Hafs et sa radicalisation progressive. La rupture de ce récit théologique s’opère au prisme de l’expérience carcérale, qui offre à l’individu de nouvelles possibilités pour remettre en cause ses convictions. La solitude, la déception et le regret occupent une place non négligeable dans cette nouvelle fabrique du sujet. Bien qu’elle partage certains traits caractéristiques des conversions religieuses, l’expérience d’Abou Hafs se démarque par le rôle que jouent certaines institutions totales comme la prison dans la fabrique du nouveau sujet. Cette contrainte exercée sur Abou Hafs, loin de se cantonner à la sphère privée, participe de la politisation de l’intime et de l’engagement public de l’ex-salafiste. Partant, la conversion intra-religieuse dépasse le prisme de la seule logique individuelle pour produire des effets holistes touchant le collectif dans son ensemble.

Save Icon
Up Arrow
Open/Close
Notes

Save Important notes in documents

Highlight text to save as a note, or write notes directly

You can also access these Documents in Paperpal, our AI writing tool

Powered by our AI Writing Assistant